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Comme Tati, Coco n'a pas le droit de fumer dans le métro parisien

En vertu de la loi Évin, la RATP a refusé des affiches du film "Coco avant Chanel" sur lesquelles Audrey Tautou fume une cigarette. La régie vient déjà de censurer la pipe de Jacques Tati sur les affiches d'une exposition à lui consacrée.

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AFP - En pyjama de satin blanc, Audrey Tautou toise les passants sur l'affiche du film "Coco avant Chanel", une cigarette à la main... sauf dans le métro parisien d'où cette publicité a été bannie, comme l'a été la pipe de Jacques Tati, au nom du respect de la loi Evin contre le tabac.

"La cigarette de Coco Chanel a été refusée par Métrobus, la régie publicitaire de la RATP alors que pour tous les autres afficheurs, elle ne posait aucun problème", a déclaré à l'AFP Olivier Snanoudj, directeur général adjoint de Warner France, qui a produit le film d'Anne Fontaine sorti mercredi.

"Nous avons dû nous résoudre à n'utiliser dans le métro parisien que deux affiches de complément, où Audrey Tautou apparaît au côté des acteurs masculins", dit-il. Sur les 5.800 affiches diffusées en France, les 1.100 destinées au métro et aux autobus parisiens ont ainsi été substituées.

"Mais pour nous, la vraie affiche est celle où Coco Chanel fume dans une pose naturelle qui traduit sa forte personnalité et sa modernité", dit M. Snanoudj, pour qui "Métrobus fait souvent preuve d'un zèle particulier dans ces affaires-là".

Interrogée par l'AFP, la régie publicitaire de la RATP a affirmé s'en tenir à l'"application de la loi Evin, qui interdit toute publicité directe ou indirecte pour le tabac".

"Nous sommes dans des lieux qui sont des services publics, où nous devons respecter la loi. Nous avons donc demandé au distributeur de +Coco avant Chanel+ de nous fournir d'autres visuels, ce qu'il a fait", a-t-on précisé.

Ces derniers jours, Métrobus a déjà provoqué la polémique en faisant supprimer, sur l'affiche d'une exposition de la Cinémathèque française consacrée à Jacques Tati, la pipe du cinéaste, pour la remplacer par un moulin à vent.

La Cinémathèque s'est amusée mercredi de ce qu'elle a qualifié d'"incident burlesque" dans "l’esprit de Jacques Tati", tout en appelant à apporter des amendements à la loi Evin dont l'application "rigide" conduit selon elle, à des "décisions absurdes".

Deux organisations professionnelles, la Société des Réalisateurs de Films (SRF) et le Syndicat de la Critique de Cinéma ont exigé une nouvelle campagne gratuite d'affichage, afin que réapparaisse la pipe "censurée".

De son côté l'Observatoire de la liberté de création de la Ligue des droits de l’Homme (LDH) a lancé une pétition en ligne pour le retrait de "la ridicule hélice jaune qui masque" la pipe de Monsieur Hulot, héros des films de Tati.

Devant ce tollé la ministre de la Santé Roselyne Bachelot a lancé la semaine dernière : "Ah non, moi, je ne suis pas pour enlever la pipe à Jacques Tati !"

Et son prédécesseur, à l'origine de la loi votée en 1991, Claude Evin, a lui-même jugé la suppression de la pipe "ridicule". "On n'est pas dans cette situation de publicité indirecte, il s'agit d'un patrimoine culturel qui s'inscrit dans notre culture cinématographique", a-t-il argumenté.

Jean-Pierre Teyssier, qui préside l'Autorité de Régulation Professionnelle de la Publicité, plaide pour un assouplissement de la loi.

"Quand une personne a joué un rôle culturel important, de Gainsbourg à Simenon, que la cigarette ou la pipe est un attribut inséparable de sa personnalité et que l'annonceur est sans rapport avec l'industrie du tabac, il pourrait y avoir une exception", a-t-il dit à l'AFP.

Cette modification tomberait à pic pour le film "Serge Gainsbourg, vie héroïque" de Joann Sfar, ou le "Sherlock Holmes" de Guy Ritchie, tous deux en cours de production... et consacrés à des fumeurs impénitents.

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