AFRIQUE DU SUD

Les Sud-Africains aux urnes, l'ANC de Jacob Zuma favori

L'issue des législatives devrait, selon toute vraisemblance, consacrer l'arrivée de Jacob Zuma, leader de l'ANC, au pouvoir. Reste à savoir si le parti, d'ordinaire ultra-majoritaire, parviendra à obtenir les deux tiers des sièges au Parlement.

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Les Sud-Africains se succèdent aux urnes depuis mercredi matin pour élire la nouvelle chambre de députés. Bien qu’il doive, selon toute vraisemblance, porter Jacob Zuma au pouvoir, ce scrutin constitue un véritable test pour son parti, le Congrès national africain (ANC), ultra-majoritaire depuis l'avènement de la démocratie multiraciale en 1994.


"Depuis  quinze ans, il n’y a pas eu de campagne électorale aussi passionnée et passionnante en Afrique du Sud", explique Caroline Dumay, la correspondante de FRANCE 24 au Cap.


Fort d'une légitimité issue de la lutte contre l'apartheid, l'ANC est assuré de garder la main sur la chambre, mais risque de ne pas conserver les 293 sièges dont il dispose actuellement. D’aucuns craignent en effet que le parti ne parvienne à obtenir les deux-tiers requis pour procéder à des modifications constitutionnelles. Un résultat qui constituerait un sérieux revers pour la formation historique de Nelson Mandela. Depuis les élections multiraciales de 1994, à l’issue desquelles l’ANC avait remporté 62 % des sièges, les scores du parti n’ont cessé de croître, atteignant 69,7 % en 2004.

 

Le vote des Sud-Africains pour le parti au pouvoir, "n'est plus aujourd'hui chose acquise", a estimé le Nobel de la Paix Desmond Tutu, qui votait au Cap.


En décembre 2008, les opposants à Zuma au sein de l'ANC ont créé un nouveau parti, le Congrès du peuple (Cope). Faute d’avoir un leader aussi charismatique que Jacob Zuma, cette nouvelle formation n’a pas su créer de réelle ouverture du jeu politique mais est tout de même crédité de 7 à 12 % des intentions de vote. Des bulletins majoritairement pris à l’ANC.

 

De longues files d'attente devant les urnes


Ces débats et divisions au sein de l’ANC ont sans aucun doute nourrit l’exceptionnel engouement pour ces élections, affirme Caroline Dumay.

 

 


"Je suis venue à minuit parce que je voulais être la première à voter pour pouvoir rentrer à la maison et écouter à la radio l'évolution des scores de mon parti", a expliqué à l'AFP Ntombi Mthetho, 46 ans, devant un bureau d'Alexandra, un township du centre de Johannesburg.


Dès l’aube mercredi, des dizaines de personnes formaient de longues files d'attente devant les quelque 20 000 bureaux de vote du pays. Dans la matinée, Nelson Mandela icône de la lutte anti-apartheid aujourd'hui âgé de 90 ans, a voté dans le quartier résidentiel de Houghton à Johannesbourg. Comme lui, Thabo Mbeki, l'ex président de l'ANC forcé de démissionné en septembre dernier, s'est rendu aux urnes, mais a refusé de révéler pour qui il avait voter.

Jacob Zuma, encore simple citoyen pour quelques heures, a quant à lui voté dans son village natal de Nkandla, en pays zoulou.


"JZ", l’homme du peuple


Jacob Zuma, charismatique sexagénaire, a réussi à écarter ses huit opposants pendant la campagne, mais son procès pour viol, en 2006, a laissé des traces. Poursuivi, cette année, pour corruption, le leader de l’ANC a de nouveau vu son image sérieusement écornée, même si l'accusation a été levée peu avant le scrutin en raison des abus de pouvoir qui ont entaché l'enquête.


"Des gens, par loyauté et par habitude, vont voter pour l’ANC sans vouloir pour autant choisir Jacob Zuma pour président", explique Caroline Dumay.


Méprisé par l’élite intellectuelle sud-africaine et par une bonne partie du monde des affaires, "JZ", comme le surnomme ses partisans, a su conquérir un électorat durement frappé par le chômage. Plus de 43 % des 48,5 millions de Sud-Africains vivent sous le seuil de pauvreté.


"Il est extrêmement populaire chez les petites gens", analyse Fabienne Pompey, rédactrice en chef de l’hebdomadaire "Jeune Afrique", qui pointe du doigt l’habilité de l’homme à changer de costume. "En cravate un jour pour rencontrer les businessmen, il enfile le lendemain une tenue léopard avec des plumes sur la tête pour parler aux Zoulous." Un talent de caméléon qui ne permet pas de "savoir où il va emmener l’Afrique du Sud."

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