AFRIQUE DU SUD

À 90 % du décompte, L'ANC de Zuma frôle les deux tiers des voix

Le dernier décompte partiel des élections législatives du 22 avril accorde 66,26 % des voix à l'ANC, montrant que l'ex-mouvement de lutte contre l'apartheid reste très populaire. Le vote identitaire resterait toutefois très fort dans le pays.

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AFP - Les élections en Afrique du Sud ont confirmé le soutien massif envers l'ex-mouvement de lutte contre l'apartheid, le Congrès national africain (ANC), mais aussi une recomposition de l'opposition qui pourrait à terme ébranler sa domination sans partage.

Le scrutin "montre à quel point nos politiques sont susceptibles de changer dans l'avenir, mais aussi à quel point elles restent pour l'instant les mêmes", résume le directeur du Centre pour les Etudes sur la démocratie, Steven Friedman.

"Les élections n'ont pas mis fin au vote identitaire", déplore-t-il dans une tribune publiée par le quotidien Business Day: une fois encore, l'ANC a compté sur le soutien de la majorité noire qui lui reste reconnaissante d'avoir combattu le régime ségrégationniste.

Le décompte partiel des législatives de mercredi lui accorde plus de 60% des voix, comme lors des trois précédents scrutins nationaux depuis 1994, ce qui assure à son chef Jacob Zuma d'être élu président par le nouveau Parlement.

Quant à l'Alliance démocratique (DA), issue de l'ancienne opposition blanche à l'apartheid, elle semble en mesure de décrocher 15% des suffrages contre 12% en 2004, grâce "au vote massif des minorités raciales", Blancs et métis, estime Steven Friedman.

Malgré tout, ces élections "introduisent une dynamique nouvelle sur la scène politique", dit-il, en notant qu'un nouveau parti chasse sur les terres de l'ANC: le Congrès du Peuple (Cope).

Formé par des dissidents après des mois de luttes intestines et la démission forcée de l'ex-président Thabo Mbeki, le Cope semble avoir convaincu près de 8% des électeurs.

"C'est phénoménal quand on pense que nous n'avons que quatre mois et que nous sommes partis de rien", commente son porte-parole Onkgopotse JJ Tabane. "Si nous avons attiré un million de personnes en quatre mois, dans quatre ans, nous pourrons en attirer huit millions", lance-t-il.

L'humeur était loin d'être aussi joyeuse chez les autres partis d'opposition, comme le Parti de la liberté Inkhata (IFP, à dominante zoulou), les Démocrates Indépendants (ID) ou encore le Mouvement démocratique uni (UDM), dont l'électorat s'est réduit à peau de chagrin.

Le grand changement du paysage politique réside "dans la concentration des votes d'opposition", souligne Dirk Kotze de l'Université d'Afrique du Sud (Unisa). "La fragmentation qui existait jusqu'à présent a quasiment disparu."

De plus, dit-il à l'AFP, le Cope et la DA "ont développé une présence nationale", alors que les petites formations étaient ancrées dans une seule province.

"Le Cope et la DA disposent tous les deux d'une base à partir de laquelle ils vont pouvoir grandir", ajoute-t-il. Dans l'avenir, "on devrait voir les scores des trois principaux partis se rapprocher et pourquoi ne pas imaginer la formation d'un gouvernement de coalition ?"

Pour ce faire, le Cope devra utiliser au mieux son groupe parlementaire pour faire entendre sa différence et se structurer en vrai parti, avec ses propres ressources et une plateforme idéologique claire, conseille l'analyste.

Quant à la DA, qui semble en mesure de décrocher le contrôle du Western Cape (sud-ouest), elle devra montrer sa capacité de gestion dans la province et s'en servir de vitrine pour élargir son électorat.

Mais avant d'avoir un "vrai système multipartite", il faudra rester patient, souligne Jolene Steyn-Kotze de l'Université de Port-Elisabeth. "La démocratie sud-africaine n'a que quinze ans et il faut du temps pour construire une scène politique dynamique et concurrentielle."

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