MUSIQUE

Trois questions à Christian Poché

Ethnomusicologue spécialiste de la musique arabo-andalouse, producteur à Radio-France, Christian Poché est l’auteur de "Musique du monde arabe. Écoute et découverte" et de "La musique arabo-andalouse".

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France 24 : En dehors des mélomanes et des spécialistes, le grand public ignore la signification de "nouba". Que signifie ce terme ?

 

 

Christian Poché : La "nouba" est une forme de musique savante qui s’est développée dans l’Espagne musulmane, également appelée Al-Andalus. Le mot apparaît pour la première fois à Bagdad au temps de la dynastie des Abbassides. À cette époque, elle ne désigne pas, comme c'est le cas aujourd’hui, une forme musicale. Elle évoque plutôt le moment fixé à un musicien pour se rendre au palais, afin de jouer de la musique. Des documents datés du 9e et du 10e siècle font référence à la "nouba du jeudi" ou à la "nouba du vendredi".

Musique de cour, la "nouba" s’est enrichie avec les évolutions et les brassages culturels et humains. À l’origine, elle se déclinait en quatre parties chantées, accompagnées d’instruments de musique. Mais après l’expulsion des musulmans et des juifs d’Espagne, elle s’est enrichie d’une cinquième partie. Sa durée diffère d’un pays à l'autre. Au Maroc, une "nouba" jouée dans son intégralité peut durer six à sept heures. En Algérie, au contraire, elle dépasse rarement les 30 à 40 minutes.

 

 

 

France 24 : La "musique andalouse" doit-elle tout au poète Ziryab ?

 

Christian Poché : On ne peut pas attribuer au seul Ziryab la "nouba" d’Al-Andalus et du Maghreb. Il n'a fait qu'en jeter les bases. Il a vécu au 9e siècle, alors que la "nouba" d'aujourd'hui s’est développée plus tard, grâce à ses enfants et à son école. Très vite, à l’instar d'Ibn Badja de Saragosse, d’autres musiciens vont y apporter de nouveaux éléments. La "nouba" fait appel à une forme de poésie appelée le "mouwachah". Or, à l’époque de Ziryab, le "mouwachah" n'a pas encore été inventée. C’est une forme poétique qui apparaît beaucoup plus tard. Elle remplacera la "qacida" qui, elle, a été ramenée de Bagdad.

 

 

 

France 24 : Au-delà de sa dimension festive, la "musique andalouse" fait l'objet de nombreuses thèses universitaires et de nombreux colloques. Pourquoi un tel intérêt ?

 

Christian Poché : Les recherches sur cette musique ont commencé à la fin du 19e siècle avant de connaître un essor tout au long du 20e siècle. C’est en France, où de nombreux musiciens maghrébins sont installés, que l’on recense le plus grands nombre de travaux. L’Espagne, grâce à Ribéra, a connu dans les années 1920 et 1930 une multitude de recherches. Au Maghreb, de grands maîtres comme l’Algérien Ahmed Serri, le Marocain Briouel et le Tunisien Tahar Gharsa ont veillé à transmettre leurs connaissances. C’est une très bonne chose pour le développement de cette musique.

 

 

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