GRIPPE PORCINE

Bisbilles de linguistes autour d'une grippe meurtrière

"Porcine", "mexicaine", "nouvelle", "nord-américaine" : la grippe apparue au Mexique a déjà quatre appellations différentes. La première heurte les éleveurs, la deuxième les Mexicains. L'OMS a décidé jeudi de l'appeler le "grippe A (H1N1)".

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"Porcine", "mexicaine", "nouvelle" ou "nord-américaine" : en une semaine à peine, la grippe apparue au Mexique a déjà quatre appellations différentes.

 

 

Le virus - d’un nouveau genre - a, dans un premier temps, été qualifié par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) de grippe "porcine", le porc ayant servi d’incubateur pour permettre au virus H1N1 de muter avant d'être transmis à l'homme. L’adjectif semblait assez évident, après la grippe "aviaire".

 

 

Il n’a pourtant pas tardé à faire grogner - à raison - les éleveurs de porcs, inquiets pour la santé économique de leur filière. Bien que la grippe soit inoffensive pour les cochons, la Chine, l'Ukraine et la Croatie ont déjà décidé d'interrompre leurs importations de porc en provenance du Mexique, des États-Unis et même du Canada. En Égypte, les autorités ont carrément décidé d’abattre tous le cheptel du pays.

 

 

Israël, fervent supporter de la filière porcine

 

 

Apportant un soutien inattendu aux éleveurs, Israël s’est également refusé à qualifier de "porcine" la maladie. Son argument : il lui est impossible d’utiliser le mot "porc", synonyme d'impureté dans le judaïsme.

 

 

Israël, le Brésil et la France, où les lobbies agricoles ont encore leur mot à dire, ont donc proposé de la rebaptiser grippe "mexicaine", en référence au pays où elle a vu le jour. Un adjectif somme toute logique, après la grippe russe (1889-1890), la grippe espagnole (1918-1920), la grippe asiatique (1957-1958), et la grippe de Hong Kong (1968-1969).

 

 

L’OMS reste sur sa position

 

 

Mais, là encore, la colère monte. Le terme n’est pas apprécié par les diplomates mexicains. Le Canada propose donc d'appeler la maladie grippe "nord-américaine" et la Commission européenne, plus consensuelle, opte, elle, pour "nouveau virus de la grippe". Mais jusqu’à quand le H1N1 restera-t-il le petit nouveau, la dernière version d’un virus vieux comme le monde ?

 

 

Sourde aux bisbilles des linguistes, l'OMS, qui s’inquiète surtout d'une pandémie "imminente", reste pour l’instant sur l'appellation "grippe porcine". "Cette épidémie a commencé avec ce nom et le virus identifié est celui de la grippe porcine", a commenté le directeur-adjoint de l'OMS Kieji Fukuda, craignant que l'introduction d'un nouveau nom ne provoque "de la confusion".
 

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