FRANCE

Les surveillants pénitentiaires bloquent près de 120 prisons

Les syndicats des surveillants pénitentiaires entament une semaine d'action. Le personnel pénitentiaire a tenté lundi de bloquer l'accès de 120 prisons pour dénoncer les mauvaises conditions de travail et la surpopulation carcérale.

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Ce lundi, les surveillants pénitentiaires français ont mis en place un mouvement de "blocage progressif" dans 120 des 194 prisons que compte l'Hexagone pour demander notamment des effectifs supplémentaires. De nouvelles actions musclées sont prévues jusqu'au 7 mai. Les gardiens des prisons françaises regrettent que leurs demandes ne soient "pas entendues" par la garde des Sceaux, Rachida Dati. "On a recensé plus de 4 000 personnels devant les portes", assure le secrétaire général de l'Ufap-Unsa, Jean-François Forget.

 

"C'était un scénario écrit d'avance", explique à FRANCE 24 Paul Louchouarn, le chef d'établissement de la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis, plus grand centre pénitentiaire d'Europe. "Les surveillants pénitentiaires n'ont pas le droit de grève, ils ont donc une marge de manœuvre étroite, détaille-t-il. À Fleury-Mérogis, lundi matin dès 7h, nous avions des transferts de prévu, pourtant dès 6h30 des agents barraient la voie menant à l'établissement en organisant au total quatre barrages, forçant la gendarmerie mobile à intervenir."

Palettes en feu et gaz lacrymogènes, la situation sur le terrain entre gendarmes et surveillants apparaissait comme un signal d'alarme de l'état actuel des prisons françaises. Les suicides derrière les barreaux en sont un autre: en 2008, on compte 115 décès, soit une augmentation de 20 % par rapport à l'année précédente. L'Observatoire international des prisons annonce déjà 38 suicides pour cette année 2009.

 

Un taux de 120 % de densité carcérale

"C'est une inquiétude car il est encore trop tôt pour déterminer s'il s'agit d'un accident statistique ou véritablement d'une tendance qui se renforce, analyse Paul Louchouarn. Cette augmentation est le signe d'un retour à cette moyenne des dix dernières années du taux de suicides, que nos efforts avaient permis de baisser en 2006 et 2007."

 

La surpopulation carcérale est une autre source d'inquiétude, pour les surveillants autant que les détenus. David Besson, secrétaire général adjoint de l'Union fédérale autonome pénitentiaire (Ufap), la première organisation syndicale dans l'administration pénitentiaire, connait bien le problème. "Lorsque j'ai travaillé à l'ouverture de la prison de Nanterre en 1991, le premier étage contenait 30 détenus, mais aujourd'hui il en compte 90, soit trois fois plus, raconte le surveillant à FRANCE 24. Les prisons sont en train de se déshumaniser et le travail des surveillants se fait toujours dans l'urgence. En France, pays dit des droits de l'Homme, des prisonniers dorment à même le sol dans certains établissements". Avec 63 351 détenus pour 52 535 places disponibles au 1er avril 2009, le taux de densité carcérale français atteint les 120 %, contre 102 % en moyenne dans les 47 États du Conseil de l’Europe.

En conséquence, les organisations syndicales des surveillants sont en colère, et le font savoir. "L'objectif de ce mouvement est de bien faire comprendre à l'administration pénitentiaire qu'il ne s'agit pas d'un coup de bluff, renchérit David Besson. Le personnel en a vraiment marre de ces conditions de travail.

Jeudi 30 avril, la ministre de la Justice, Rachida Dati, échouait dans une ultime tentative de désamorcer ce conflit. "La réunion que nous avons tenue à la Chancellerie jeudi avec Rachida Dati s'est mal passée, avoue le représentant syndical de l'Ufap. L'ensemble des organisations syndicales a claqué la porte de la réunion, stigmatisant ainsi le fait que nos demandes ne soient pas entendues."

Surpopulation, violence et vétusté

Le droit de grève étant interdit au personnel pénitentiaire, les trois principales organisations réunies en entente syndicale (l'Ufap-Unsa, FO-pénitentiaire et la CGT-pénitentiaire) ont décidé ce blocage. Des actions qui ne sont pas sans risques pour les surveillants: "Nos collègues de Lyon ont déjà été sanctionnés dernièrement à huit jours d'exclusion de l'administration pénitentiaire, sans rémunération, pour des blocages", rappelle David Besson. De son côté, Paul Louchouarn avoue: "Ce statut, assez ancien, est compréhensible: des arrêts de travail poseraient des problèmes d'organisation aigus, nous ne tiendrions pas plusieurs jours."

Le chef d'établissement de Fleury-Mérogis comprend bien ce qui affecte les surveillants. "Leurs revendications sont liées aux difficultés du métier, ce qui inclut le phénomène de surpopulation, la violence qui peut parfois surgir avec les détenus, le tout accentué par des questions d'effectif, résume-t-il. La vétusté de plusieurs maisons d'arrêt est elle aussi un problème... Toutefois, on sait que même dans des établissements parfaitement neufs, même avec des effectifs dans les normes, être un surveillant de prison n'est pas un métier simple, la relation avec les détenus est complexe."

Que préparent les syndicats pour la reste de la semaine? "À partir de demain, nous comptons passer à des actions plus fortes, jusqu'à ce que la ministre Rachida Dati nous entende", prévient David Besson. L'administration pénitentiaire semble prête. "Ils ont prévenu que cela serait crescendo, on se dirige vers un durcissement prévisible, explique Paul Louchouarn. Néanmoins je les vois très régulièrement, aujourd'hui à 11 heures, ce soir à 18 heures. L'objectif est de maintenir le contact avec eux. Mon souhait est que ce mouvement se passe dans de bonnes conditions."

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