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Un Zoulou à la présidence

Homme du peuple, pour les uns, incorrigible démagogue, pour les autres, le leader de l'ANC, qui s'apprête à présider aux destinées du pays le plus riche du continent africain, est loin de faire l'unanimité. Portrait.

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Homme à femmes, panier percé, hâbleur impénitent… C’est en des termes peu flatteurs que la presse sud-africaine a longtemps décrit celui qui, un an et demi après son élection à la présidence du Congrès national africain (ANC), en décembre 2007, s'apprête à devenir l’homme le plus important du pays - sinon du continent africain.

 

Assuré de présider aux destinées de la "nation Arc-en-Ciel" depuis qu’il a succédé à Thabo Mbeki à la tête du puissant ANC, Jacob Zuma a fait, ces dernières années, l’objet de nombreuses critiques. Jusque dans son propre camp...

 

Jamais, toutefois, durant cette période où il a été la cible de toutes sortes d'attaques, l’homme n’a baissé les bras. De fait, pour nombre de commentateurs, son arrivée au pouvoir témoigne surtout de sa redoutable ténacité dans l'adversité.

 

Soupçonné, entre autres, de corruption, de fraudes fiscales et de viol sur une jeune femme séropositive de 31 ans, Jacob Zuma est loin de bénéficier de l'aura qui entoure le premier président de l’Afrique du Sud démocratique devenu l'icône de la lutte anti-apartheid, Nelson Mandela. Sur le papier, "JZ", comme le surnomme ses partisans, n’a pas le profil d’un homme appelé à diriger - et à représenter - un pays de 48 millions d’habitants.

 

Seulement voilà : l’homme jouit d’une forte popularité au sein d’une importante frange de son parti. Fort du soutien de la puissante centrale syndicale Cosatu et du Parti communiste, Zuma demeure, aux yeux de la gauche de l'ANC, "l’homme du peuple", celui qui, malgré son ascension vers les plus hautes sphères de l’État, n’a jamais oublié d’où il venait.

 

Un autodidacte en peaux de léopards

 

Né en 1942 dans la province du Natal (est de l’Afrique du Sud), Jacob Zuma n’a jamais renié ses origines zouloues, n’hésitant pas à se parer de peaux de léopards lors de cérémonies traditionnelles, sous le regard mi-amusé mi-gêné de l’intelligentsia sud-africaine. Mais "Msholozi" - son nom de clan - n’en a cure : lui aime à rappeler qu’il est avant tout un autodidacte.

 

Dépourvu de toute formation scolaire, analphabète, Zuma s’engage dès l’âge de 17 ans dans la lutte - clandestine - contre le régime de l’apartheid. Et rejoint les rangs de l’ANC, puis ceux de son bras armé, "Umkhonto we Sizwe" ("le fer de lance de la nation").

 

Cet engagement lui vaut une peine de dix années de prison qu’il purge à partir de 1963, dans le pénitencier de Robben Island, aux côtés de Nelson Mandela, condamné à la perpétuité. Durant ses années d’incarcération, l’enfant du Zoulouland apprend à lire, à écrire, à formuler des idées, à débattre… L’homme politique est né.

 

Après plusieurs années d’exil au Swaziland, au Mozambique et en Zambie, l’ancien détenu revient en Afrique du Sud en 1990. L’ANC y est désormais autorisé. Jacob Zuma commence alors un parcours (presque) sans fautes au sein de la - désormais - plus puissante formation politique du pays.

 

Nommé vice-secrétaire général du parti en 1991, il grimpe un à un les échelons qui le mènent, huit ans plus tard, au poste de vice-président de Thabo Mbeki, appelé à succéder à Nelson Mandela à la tête du pays. Mais dès lors, les sulfureuses relations qu'il a contractées durant ses années d’ascension le rattrapent...

 

Quatre femmes, dix-huit enfants…

 

Le 6 décembre 2005, Zuma est inculpé pour le viol d’une jeune femme de 31 ans malade du sida. Lors du procès - qui débouchera finalement sur son acquittement -, celui-ci s’attire les moqueries de la presse nationale et internationale, affirmant s’être protégé de la maladie… en prenant une douche après l’acte sexuel.

 

Depuis cette affaire, les journaux font des gorges chaudes des relations qu'il entretient avec les femmes. Et n’en finissent pas de dénombrer les enfants qui lui sont attribués. Polygame, comme tout bon "vrai Zoulou", Zuma aurait quatre femmes, dont deux officielles, et serait le père, dit-on, d’au moins 18 enfants.

 

Mais, plus que les affaires de mœurs, ce sont les scandales politico-financiers qui écornent l’image du vice-président sud-africain. Sept mois après son procès pour viol, le 2 juin 2005, son conseiller financier écope d’une peine de 15 ans de prison ferme pour corruption et trafic d’influence. L’homme d’affaires aurait joué les intermédiaires entre le fabricant d’armes français Thales et Zuma… Lequel est, quelques jours plus tard, démis de ses fonctions par Thabo Mbeki.

 

La sulfureuse réputation de "Msholozi" n’entame pourtant en rien la confiance placée en lui par les militants de l'ANC. Pour de nombreux partisans de Zuma, les affres judiciaires de leur mentor ne seraient que le résultat d’un complot ourdi par le clan de Thabo Mbeki, chef de file de la branche élitiste du parti...

 

Le véritable talon d’Achille du nouveau chef de l’État sud-africain, aujourd’hui blanchi de toutes accusations dans l’affaire Thales, se trouve sans doute ailleurs. Et notamment dans son programme... ou plutôt son non programme. Élu davantage pour son charisme que pour un projet de société clair et cohérent, le président du pays le plus riche d'Afrique doit désormais faire ses preuves au sommet de l’État. Et non plus dans les prétoires.

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