INDE - CRICKET

La délocalisation du championnat mine fans et vendeurs de battes

La délocalisation du championnat indien de cricket en Afrique du Sud déprime les aficionados de ce sport national, mais aussi les vendeurs qui gagnent leur vie grâce à cet événement.

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, correspondant de FRANCE 24 à New Delhi

Imaginez un instant si les matchs de football de Ligue 1 avaient lieu au Brésil, si l’OM jouait contre Bordeaux à Rio de Janeiro… Les fans privés de stade seraient forcés de suivre les matchs devant leur télévision. Voilà ce que vivent les inconditionnels de cricket en Inde suite à la décision de délocaliser le championnat indien en Afrique du Sud. Tandis que ceux qui vivent de ce championnat à New Delhi désespèrent.

 

"L’année dernière, j’ai gagné 600 euros pendant les six semaines de la saison en vendant des boissons et des chips, explique Narendra Kumar, adossé au mur poussiéreux du stade Feroz Shah Kotla. C’est autant de revenus de perdu cette année." Même situation pour Sameer Kohli, patron d’une petite échoppe qui vend des accessoires de cricket. "J’ai perdu 30 à 40 % de mon chiffre d’affaires", soupire-t-il.

 

Suite à l’attaque contre l’équipe sri-lankaise début mars au Pakistan, le gouvernement indien a déclaré qu’il ne pourrait pas assurer simultanément la sécurité des élections nationales et du championnat de cricket. Résultat, du 18 avril au 24 mai, tous les matchs de la Premier League se jouent à des milliers de kilomètres de l’Inde, en Afrique du Sud.

 

"Il est fondamental pour le gouvernement de présenter au monde l’image d’un pays sûr, en particulier parce que nous organisons les Jeux du Commonwealth en 2010", commente Sanjeep Bamzai, fondateur de SportzPower, un site web très en vogue en Inde.

 

Pour les étudiants de l’université de Delhi, c’est la consternation. Entassés dans la salle commune, face à l’unique poste de télévision, une centaine d’entre eux vibre au rythme des lancers des stars nationales. "Même le meilleur show télévisé ne remplacera jamais le frisson que l’on ressent dans le stade", regrette Faiz Ahmad.

 

Profits records pour les chaînes de télévision

 

 

Ce n’est pas que l’économie informelle du cricket qui est frappée par la disparition du championnat. Le tourisme, les transports, les agences de sécurité aussi souffrent du manque à gagner. "Rien que pour l’hôtellerie et l’aviation, c’est une perte comprise entre 2,3 et 3 millions d’euros", estime Ashwini Kakkar, vice-president de Mercury Travels.

 

Pendant ce temps, les chaînes de télévision, les sponsors et la Commission de cricket en Inde (IPL) réalisent des profits records. Les matchs en Afrique du Sud obligent les fans à regarder les matchs à la télévision et augmentent d’autant leurs bénéfices. IPL a ainsi gagné 1,3 milliard d’euros grâce à la vente des droits de diffusion et des accords avec des sponsors.

 

Lalit Modi, vice-président de la Commission de cricket en Inde, confirme : "Les télés captent toute l’audience pendant 9 heures de suite, de 15h à 24h, le temps des deux matchs journaliers. Aucun autre sport dans le monde n’est capable de réaliser cela."

 

Sony a payé plus d’un milliard et demi de dollars pour acquérir les droits télévisuels jusqu’en 2019. Les grandes entreprises comme Honda, LG et Pepsi surenchérissent pour obtenir de l’espace publicitaire. Le prix pour 10 secondes d’antenne est passé de 4 000 dollars l’année dernière à 8 000 dollars cette année.


 

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