FRANCE

La justice ordonne le retrait de "Choc" en marge de l'affaire Halimi

Un juge des référés du tribunal de grande instance de Paris a ordonné le retrait de la vente du dernier numéro du magazine "Choc", qui publie en couverture une photographie d'Ilan Halimi prise par ses tortionnaires lors de sa séquestration.

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AFP - La justice a ordonné mercredi soir le retrait des kiosques du magazine Choc, qui avait publié une photo du jeune Ilan Halimi alors qu'il était aux mains de ses tortionnaires, une interdiction rarissime en France et d'ores et déjà contestée par les avocats du mensuel.

Pour le juge des référés du TGI de Paris Philippe Jean-Draeher, saisi par la famille du jeune juif torturé à mort en janvier 2006 par le "gang des barbares", dont les membres présumés comparaissent depuis le 29 avril, cette photo est "de nature à heurter" et sa publication "ne s'imposait pas".

Il a donc interdit le mensuel, déjà en kiosque depuis le 15 mai. Pour tout exemplaire paru après vendredi 22 mai 14H00, la société SCPE, qui édite le magazine, devra verser 200 euros d'astreinte. Elle devra également verser une provision de 40.000 euros à la famille Halimi.

Dès l'annonce de la décision, les avocats de Choc, Mes Claire Chaillou et Richard Malka, ont indiqué qu'ils feraient appel. L'audience devrait se tenir dès vendredi.

En France, l'interdiction d'une parution, quelle qu'elle soit, est rarissime.

L'une des dernières en date est celle du médecin de François Mitterrand, le Dr Claude Gubler. Paru en janvier 1996, huit jours après la mort du président socialiste, "Le grand secret" avait été interdit en référé, le magistrat estimant qu'il constituait "une intrusion particulièrement grave dans l'intimité de la vie privée et familiale" du président.

Le cliché interdit mercredi avait été pris par les ravisseurs d'Ilan Halimi, et adressé à ses parents afin d'obtenir une rançon. La photo montre le jeune homme de 23 ans, pistolet sur la tempe, le visage masqué par un scotch gris, les poignets entravés, un quotidien posé sur le torse.

Figurant dans le dossier d'instruction, cette photo a été versée aux débats de la cour d'assises des mineurs qui juge à huis clos Youssouf Fofana et 26 autres jeunes, soupçonnés d'être impliqués dans le rapt et la mort d'Ilan Halimi.

Choquées, la mère et les deux soeurs de la victime ont assigné le magazine, pour "atteinte à l'intimité de la vie privée".

Cas rarissime, le parquet s'est associé à leur demande d'interdiction. "Puisque la photo se trouve en Une, aucune autre mesure ne serait en mesure de mettre fin au trouble manifestement illicite", a expliqué le procureur Pauline Caby.

Le parquet avait réagi dès le week-end dernier en ouvrant une enquête pénale.

"La famille ressent cette photo comme quelque chose de particulièrement intolérable", s'était indigné son avocat, Me Francis Szpiner, stigmatisant le "voyeurisme" du magazine et rappelant que "la liberté de la presse a une limite".

Mercredi soir, il se réjouissait de cette décision qui "marque un coup d'arrêt salutaire à ceux qui veulent faire croire qu'ils sont journalistes et qu'ils font de l'information".

"Si on interdit toutes les images qui sont de nature à heurter, on va sérieusement restreindre les possibilités d'information du public", a réagi Me Malka, à l'issue du délibéré.

Les avocats de la défense se sont déclarés d'autant plus surpris que le cliché litigieux a déjà été diffusé en octobre 2006 dans une émission de M6, et jamais poursuivi.

Avec un procès à huis clos et des photos interdites, "il va rester quoi de cette affaire dans quelques années si on ne peut rien publier?", s'interrogeait encore Me Malka, convaincu que de telles photos font "prendre conscience de la barbarie qu'a subie Ilan Halimi".
 

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