ABOU DHABI

L'île de Saadiyat ou l’enfer des ouvriers asiatiques

Rien ne va plus entre le gouvernement des Émirats arabes unis et Human Right Watch (HRW), qui a publié mercredi un rapport jugé "critique" sur les conditions de travail des ouvriers asiatiques sur l’île de Saadiyat.

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Moqueusement appelée "l'île du bonheur", elle abritera quatre prestigieux musées dont celui du Louvre ("des sables"), un campus - annexe - de l'université de New York, le musée Guggenheim ainsi que de nombreux hôtels et résidences de luxe. Le projet est estimé, dans sa globalité, à quelque 27 milliards de dollars.

 

S’appuyant sur des enquêtes de terrain, Bill van Esveld, chercheur à la division Afrique-Moyen Orient de Human Rights Watch, a constaté que les travailleurs sont confrontés à une grave exploitation et à des abus qui, dans certains cas, équivalent à du travail forcé. "Le gouvernement des Emirats ferme les yeux sur les procédures de recrutement illégales et le système de parrainage qui donne aux employeurs un contrôle quasi absolu sur les travailleurs."

 
3 000 dollars pour acheter un visa
 

Pour donner un aperçu de la détresse des travailleurs asiatiques, Bill van Esveld a cité le cas de Mohamed, ouvrier du Sri Lanka obligé de vendre terres, vaches et bijoux pour réunir les 3 000 dollars nécessaires à l'achat d'un visa auprès d’une agence de recrutement locale. "Mais une fois sur place, explique-t-il, le rêve s’est transformé en cauchemar." Mohamed est resté pendant un mois sans travail. Il n’avait pas d’argent pour se nourrir, ni pour se déplacer.

 

Dans une déclaration publique, Anouar Kerkache, ministre d’État en charge des Affaires étrangères des Emirats, a dit tout le mal qu’il pensait des conclusions auxquelles est parvenue l’association américaine. Selon lui, HRW a fait volontairement l’impasse sur les efforts consentis par le gouvernement, depuis des années, pour améliorer les conditions d’accueil des travailleurs étrangers.

 
"Une tempête dans un verre d'eau"
 

A deux semaines de la visite de Nicolas Sarkozy , HRW veut rappeler à Abou Dhabi ses engagements pris en 2006. Parmi eux figurent la multiplication du nombre d’inspecteurs du travail, la reconnaissance du droit de grève et la création de syndicats. Pourtant, le directeur de bureau français de HRW, Jean-Marie Fardeau, ne se fait pas d’illusions concernant l’impact de cette visite sur le dossier. "Le président français a d’autres priorités à son agenda, mais, nous considérons comme essentiel le fait qu’il se prononce sur les conditions de construction du musée du Louvre."


 

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