SRI LANKA

L’ONU accusée d’avoir minimisé les massacres contre les Tamouls

Un article du quotidien français Le Monde dénonce le "silence coupable" de l'ONU lors de l'opération militaire menée par Colombo contre les Tigres tamouls. Le bilan qu'elle avance serait trois fois inférieur à la réalité, selon le journal.

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Les Nations unies ont délibérément minimisé le nombre de civils tués durant l’offensive du gouvernement sri-lankais contre les Tigres tamouls, révèle une enquête publiée dans le quotidien Le Monde daté du 29 mai. Une accusation que réfute totalement Elisabeth Byrs, la porte-parole de l'ONU, dans une interview accordée à FRANCE 24. "Nous rejetons catégoriquement les accusations selon lesquelles les Nations unies auraient délibérément minimisé les pertes civiles", déclare-t-elle, avant de poursuivre : "L’ONU a condamné publiquement, et à plusieurs reprises, le nombre inacceptable de victimes civiles. Certes, les données que nous possédons ne sont que des estimations, non des chiffres précis et vérifiables. Mais elles sont fiables et l’ONU n’a jamais caché l’ampleur des souffrances endurées par les civils."

 

Auteur de l'enquête publiée par le quotidien français, Philippe Bolopion assure cependant que, d’après ses sources, l’ONU n’a pas relayé les bilans transmis par ses enquêteurs sur place, "même s’ils étaient bien plus crédibles que ceux que l’organisation avait utilisé dans d’autres zones de conflit ". Il ne veut pas croire à une erreur. "Je dirais que l'ONU a peut-être fait le mauvais choix moral, a-t-il expliqué à FRANCE 24. Le plus important pour elle était de pouvoir continuer à assurer sa présence dans le pays."


 

 

L’article cite anonymement plusieurs sources aux Nations unies qui accusent certains hauts fonctionnaires de l’organisation - dont son secrétaire général, Ban Ki-moon - d’avoir pris la décision de garder le silence face aux importantes pertes civiles causées par l’opération militaire de Colombo, dans la perspective de pouvoir maintenir les missions de l'organisation dans le pays.

 

"Nous savions qu’un carnage était en cours"

 

D’après Le Monde, un groupe d’experts a été constitué par l’ONU pour recenser les victimes, mais seule une estimation tronquée de son travail a été transmise à la presse.

 

Cette estimation portait le nombre total de victimes de l'offensive sri-lankaise à 7 700 à la mi-mai, plusieurs jours avant que le gouvernement ne proclame sa victoire contre les Tigres tamouls. Des chiffres officiels qui ont été largement diffusés par les médias internationaux jusqu’à la fin du conflit, malgré l’augmentation quotidienne du bilan, poursuit l’article...

 

Des membres de l’ONU présents au Sri-Lanka ont toutefois informé Vijay Nambiar, le chef de cabinet de Ban Ki-moon, que le bilan final de l'opération dépasserait "sans doute les 20 000 morts", toujours selon l’article.

 

“On savait qu’on se préparait à un carnage, déclare ainsi un membre des Nations unies, sous couvert d’anonymat. On a tiré la sonnette d’alarme pendant des mois, mais ils n’ont jamais publiquement condamné le gouvernement."

 

"Tout le monde a peur que l'agence à laquelle il appartient soit jetée dehors", conclut un autre témoin.

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