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SOCIÉTÉ

La burqa n'est qu'un épiphénomène en France, selon la police

Texte par : Christophe JOSSET
4 mn

Deux organismes de renseignement de la police minimisent l'importance du phénomène du voile intégral en France, comptant 367 femmes qui le portent dans l'Hexagone et l'analysant comme "une pratique marginale".

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Elles sont 367 femmes à porter la burqa en France, écrit une note de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) émise le 9 juillet, selon Le Monde paru jeudi. Le quotidien affirme également que la Sous-direction de l'information générale (SDIG), héritage des anciens Renseignement généraux, a publié de son côté une note le 1er juillet concluant à "une pratique marginale" où celle qui porte la burqa cherche à "provoquer la société, voire sa famille".

Le peu de cas recensés en France n'étonne par les responsables du monde religieux. "Nous savions pertinemment qu'il s'agissait d'une tendance extrêmement minoritaire", affirme à FRANCE 24 maître Chems-Eddine Hafiz, vice-président du Conseil français du culte musulman. "On la fixait approximativement à un millier de cas en France, mais le travail des services de renseignement me parait bien plus précis", précise-t-il.

"Une affaire politique"

Pourtant, depuis le 8 juillet, une mission parlementaire d'information effectue des travaux sur le voile intégral, interrogeant une série de spécialistes et de personnes concernées par le sujet. "Ces notes montrent surtout qu'il s'agit avant tout d'une affaire politique", analyse maître Chems-Eddine Hafiz. "Cela témoigne du fait que la communauté musulmane reste une communauté marginalisée, poursuit-il. Malgré tous ses efforts, l'islam se retrouve mis en avant pour des raisons politiciennes. Les musulmans sont las d'être chaque fois la cible de ces actes politiques irresponsables."

Face aux chiffres, André Gerin, le député PCF à l'origine de l'irruption du sujet dans l'actualité le 8 juin dernier, lors de sa demande pour une commission d'enquête parlementaire, persiste : "Le voile intégral, c'est l’iceberg recouvert d’une marée noire. [...] L'emprise des fondamentalistes, des intégristes islamistes, tente de régenter la vie civile de certains territoires de notre pays."

"Trois cent et quelque femmes voilées sur six millions de musulmans en France, ça ne traduit pas l'émergence dans notre société d'un phénomène fondamentaliste", lui rétorque Dalil Boubakeur, recteur de la Grande Mosquée de Paris, au micro d'Europe 1. "Il y a une disproportion entre
la réponse [et le] phénomène extrêmement marginal", continue-t-il.

Les risques d'une loi

"Il serait plus utile d'étudier les ressorts du discours qui est derrière la burqa", explique à FRANCE 24 Bouzar Dounia, anthropologue et chercheur associé à l'Observatoire du fait religieux. "Si une telle loi est créée, avertit-elle, il ne faudrait pas que ce soit sur le plan religieux. Sinon, cela risque de provoquer le contraire, une alliance des musulmans qui auront peur de ‘l'amalgame qui crée l'amalga
me'."

Un avis partagé également par maître Chems-Eddine Hafiz, avocat spécialiste du droit des pays arabes. "Sortir l'arsenal législatif dans un tel cas, c'est tuer une mouche avec un canon, commente-t-il. Une loi serait contre-productif, voire dangereux." Cependant il concède que le problème, même minoritaire, mérite d'être étudié. "La burqa en France serait inacceptable, explique l'avocat. Il faut enrayer sa propagation, mais pas par la loi, la pression ou la stigmatisation."

La mission parlementaire d'information sur la question du voile intégral en France doit livrer son rapport fin janvier 2010.
 

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