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Le parti de Mugabe accusé de commanditer des arrestations d'élus

Alors que le pays connaît une vague d’arrestations de politiciens, le ton monte entre le parti de Robert Mugabe et ses alliés de l’ancienne opposition, qui l'accusent d’instrumentaliser la justice pour recouvrer la majorité parlementaire.

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, envoyée spéciale à Harare, Zimbabwe

Douze membres du Parlement et un sénateur, suspectés de terrorisme, de corruption ou encore de viol, sont actuellement dans le collimateur de la justice zimbabwéenne. Ils ont pour point commun d’appartenir au Mouvement pour le changement démocratique (MDC), l’ancienne force principale de l’opposition zimbabwéenne avant qu’elle ne décide du partage du pouvoir avec le président Robert Mugabe, en février dernier.

 

Si ces élus sont reconnus coupables des charges retenues contre eux, ils perdront leur siège, provoquant ainsi des élections anticipées pour leur trouver des successeurs.

 

"Il s’agit clairement d’une opération planifiée pour récupérer des sièges que le ZANU-PF (l’Union nationale africaine du Zimbabwe – Front patriotique, le parti du président Mugabe, Ndlr) considère être les siens", a déclaré un porte-parole du MDC, Nelson Chamisa.

 

Le MDC, dont le leader Morgan Tsvangirai est Premier ministre depuis février, compte actuellement une courte majorité au Parlement de 100 sièges - contre 99 pour le ZANU-PF. Une frange du MDC, qui a fait scission, a quant à elle remporté 10 sièges l'an dernier, lors d’élections parlementaires âprement disputées. Un candidat indépendant a également décroché sa place à l’Assemblée.


Intimidations et condamnations

 

Le ministre des Finances Tendai Biti, lui, n’a été accusé d'aucun crimes, mais il a reçu une menace de mort accompagnée d’une balle dans son courrier, le 27 juillet.

 

Biti, à peine surpris, dénonce "une junte qui ne se satisfait pas de la situation actuelle et qui cherche à forcer le changement par tous les moyens possibles, légaux comme extra-légaux".

 

Mais, quant à savoir si Mugabe contrôle cette junte, le ministre affirme n’avoir "aucune idée” sur la question.

 

La plupart des politiciens visés par des enquêtes sont suspectés d’avoir détourné des aides agricoles de l’État. L’un d’entre eux, Ernest Mudavanhu, député MDC d’une région du sud-est du pays au Parlement, a même déjà été condamné et purge en ce moment une peine d’un an de prison. Un autre, le sénateur Roy Bennett, est accusé de terrorisme ; il attend toujours de prendre la tête du ministère de l’Agriculture.

 

La dernière victime de cette vague d'arrestations est le député MDC Stewart Garadhi. Cet élu de Chinhoyi, dans le nord-ouest du pays, a été arrêté vendredi dernier pour avoir "dénigré" le président Mugabe en écoutant un hymne du parti. Il a été relâché peu après et aucune charge n’a finalement été retenue contre lui.

 

Le député Trevor Saruwaka, pour sa part suspecté de viol et de violence physique, dénonce un coup monté. Selon lui, "les vagues d’arrestations de membres du MDC semblent le meilleur moyen de détruire le gouvernement d'union nationale". Il accuse : "Les dossiers sont expédiés lors des procès. En revanche, les membres du ZANU-PF qui détournent les aides agricoles d’État ne sont pas inquiétés. Et nous connaissons leurs noms. Aucun d’entre eux n’a été inquiété, seuls le sont les membres du Parlement, comme nous, qui tentent de s’assurer que les denrées alimentaires soient distribuées justement."


Jusqu'à présent, les députés mis en cause ont été victimes d’une application drastique de la justice. Thamsanqa Mahlangu, le secrétaire d'État chargé de la jeunesse (MDC), a été arrêté le 28 juillet et accusé d’avoir volé un téléphone portable. Il a d'abord été mis en liberté sous caution (50 dollars), mais le procureur a invoqué la très sévère loi de procédure criminelle pour suspendre sa libération et le laisser derrière les barreaux.


L’équilibre de l’accord en question

 

L’accord sur lequel repose le partage du pouvoir entre MDC et ZANU-PF prévoit une protection des sièges d’élus sous le coup de la justice. Mais cette disposition n'assure une protection que pendant un an. Elle deviendra donc caduque à partir du 15 septembre, date du premier anniversaire de la signature de cet accord.

 

Selon les observateurs,  les conditions du partage des pouvoirs ne permettent pas une stabilité politique. Le rédacteur en chef de l’hebdomadaire "Financial Gazette", Brian Mangwende, est pessimiste. Il estime : "Morgan Tsvangirai n’a réellement obtenu aucun pouvoir. L’accord a seulement permis au ZANU-PF de se renforcer en vue de prochaines élections."

 

Officiellement, le MDC salue le gouvernement d'union qu’a apporté l’accord. Mais l’ancien parti d’opposition craint de perdre les sièges de ses élus condamnés et que la tenue d’élections anticipées ne provoque de nouvelles violences.
 

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