Accéder au contenu principal

Pour la première fois, un "fils de Boche" devient Allemand

À 66 ans, Daniel Rouxel a obtenu la nationalité allemande. Né d'une mère française et d'un père allemand pendant la Seconde Guerre mondiale, il devient ainsi le premier "fils de Boche" à bénéficier d'un accord récent entre les deux pays.

Publicité

AFP - Né pendant la Deuxième guerre mondiale d'une mère française et d'un père occupant et lieutenant dans la Wehrmacht, Daniel Rouxel est devenu mercredi à Paris le premier enfant français de "Boche" à accéder à la nationalité allemande en vertu d'un accord récent.

Daniel Rouxel, 66 ans, avait rendez-vous mercredi après-midi au consulat d'Allemagne à Paris. Il en est ressorti muni d'un certificat de nationalité allemande, après une cérémonie très émouvante.

Les larmes aux yeux, il a déclaré: "Je suis allemand, je ne suis plus un bâtard, j'ai une maman et un papa, je suis un enfant comme tous les autres". "J'ai enfin cette deuxième moitié qui m'a cruellement manqué", a-t-il confié à quelques journalistes.

En 1943, sa mère était cantinière dans le camp allemand de Pleurtuit, en Bretagne, et eut une idylle avec le lieutenant Otto Ammon. "Je suis un enfant né d'un amour rendu impossible par la guerre", raconte-t-il dans un résumé écrit de sa vie.

La France et l'Allemagne ne sont que récemment parvenues à un accord pour régler le cas de ces enfants de la guerre, en tout cas ceux qui veulent obtenir la nationalité allemande et devenir ainsi franco-allemands.

L'histoire de ces enfants, le plus souvent soumis aux brimades et aux insultes dans la France de l'après-guerre, était longtemps restée entourée d'un lourd silence en France et en Allemagne.

Une fois réglés plusieurs points juridiques, concernant notamment les preuves de l'ascendance de ces enfants nés officiellement de père inconnu, l'Allemagne avait annoncé le 19 février dernier qu'elle pourrait enfin leur accorder la nationalité allemande. Daniel Rouxel est le premier à bénéficier de cette mesure.

Auparavant, dans un discours à Berlin, en avril 2008, le chef de la diplomatie française Bernard Kouchner avait regretté que la France et l'Allemagne soient si longtemps restées "sourdes à la détresse des victimes innocentes d'un conflit qu'elles n'ont même pas connu".

Il y aurait plusieurs dizaines de milliers de ces "enfants de la guerre" nés en France. Selon un livre du journaliste français Jean-Paul Picaper et de l'écrivain allemand Ludwig Norz, ils seraient jusqu'à 200.000.

Ceux qui cherchent aujourd'hui une reconnaissance par l'Allemagne sont fort peu nombreux, et le consulat ne s'attend pas à un afflux de demandes. En général, seuls ceux qui ont réussi à remonter jusqu'à leurs origines précises et qui entretiennent des relations avec leur famille allemande espèrent obtenir cette double-nationalité.

Daniel Rouxel, qui vit dans le département de la Sarthe, raconte que son père est mort vers la fin de la guerre, au moment du départ des troupes allemandes. "J'avais deux ans, il m'a pris dans ses bras, m'a donné le biberon et a écrit à sa famille, avant qu'il ne soit tué, qu'il avait un enfant en France".

"Sa famille voulait faire le nécessaire pour que je sois élevé en Allemagne, ma mère s'y est refusé. A 12 ans, je fis la connaissance de ma famille allemande, je reçus un accueil chaleureux, nos relations sont excellentes", poursuit-il.

"Nous saluons cette décision des autorités allemandes", a réagi mercredi un porte-parole du ministère des Affaires étrangères, qui a insisté sur le travail engagé par Paris et Berlin "pour élaborer des instruments juridiques susceptibles d'apporter une réponse appropriée à cette question, notamment pour ce qui concerne l'accès aux origines ou l'obtention de la double nationalité".

Le résumé de la semaineFrance 24 vous propose de revenir sur les actualités qui ont marqué la semaine

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.