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BIRMANIE

Les pétroliers Chevron et Total accusés d'enrichir la junte

Texte par : Dépêche
4 mn

L'ONG EarthRights International estime que le projet gazier de Yadana, détenu par le français Total et l'américain Chevron, a rapporté 4,83 milliards de dollars au régime birman. Cet argent serait caché dans des banques singapouriennes.

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AFP - Les groupes français Total et américain Chevron sont de nouveau accusés de fermer les yeux et de mentir sur les exactions des forces de sécurité de Birmanie autour du projet gazier de Yadana, qui aurait permis aux généraux de s'enrichir de quelque 5 milliards de dollars.

L'organisation EarthRights International (ERI), établie aux Etats-Unis, a affirmé jeudi dans deux rapports distincts que ce projet avait "généré 4,83 milliards de dollars pour le régime birman", une somme en majorité cachée selon elle dans des banques singapouriennes, l'Overseas Chinese Banking Corporation (OCBC) et le groupe DBS.

"L'élite militaire cache des milliards de dollars de revenus à Singapour alors que le pays souffre sans raison, avec des dépenses pour les services sociaux les plus faibles d'Asie", affirme Matthew Smith, coordinateur d'ERI pour la Birmanie.

Total est présent en Birmanie depuis 1992 sur le champ gazier de Yadana, dont il possède 31,24%. Chevron détient pour sa part 28% des parts de ce champ, qui représente 60% du volume des exportations de gaz de la Birmanie vers la Thaïlande.

Les deux groupes sont régulièrement cités dès lors que sont évoquées des sanctions contre la junte birmane, mais n'ont jamais été sommés par leurs gouvernements respectifs de quitter le pays.

"Le revenu de ce pipeline est ce qui permet au régime de survivre et constitue un point de levier essentiel que la communauté internationale devrait utiliser pour soutenir le peuple de Birmanie", estime Matthew Smith.

ERI ne demande pas aux deux sociétés de renoncer à la Birmanie, mais notamment de publier leurs versements au régime birman depuis 1992 et de rétablir la vérité sur les conditions de travail sur le site.

Comme d'autres avant elle, l'organisation accuse en effet les forces de sécurité birmanes de violations des droits de l'homme, meurtres et autres recours au travail forcé, estimant que les deux groupes pétroliers mentent sur cet aspect du projet.

"Total et Chevron affirment que les abus en lien avec leur projet ont cessé mais c'est tout simplement faux", écrit un autre auteur des rapports, Naing Htoo.

ERI épingle l'organisation américaine CDA, spécialisée dans les études d'impact et sollicitée par les deux groupes, jugeant ses conclusions "inexactes et trompeuses" car consécutives à des entretiens avec des villageois "en présence de personnels de Total et des renseignements militaires" birmans.

Jeudi, Total a indiqué à l'AFP être "en train de prendre connaissance du rapport".

Chevron a pour sa part estimé dans un communiqué que les programmes mis en place par Total sur place avaient permis de "véritables améliorations de la vie" des populations locales, défendant par ailleurs "les méthodes solides" de CDA et son "évaluation crédible" du projet.

Le débat sur l'implication de Total en Birmanie avait été relancé en août en France, après la nouvelle condamnation de l'opposante Aung San Suu Kyi à 18 mois supplémentaires d'assignation à résidence, et l'annonce par les Occidentaux d'un renforcement des sanctions.

Mais les autorités françaises ont jusqu'à présent exclu d'exiger du groupe son retrait de Birmanie, arguant notamment du fait que la Chine prendrait aussitôt le relais et s'embarrasserait de moins de scrupules.

En juillet 2008, Chevron avait présenté une argumentation similaire devant la Chambre des représentants à Washington, échappant finalement à un projet de loi qui aurait mis fin aux déductions fiscales dont jouit le groupe sur ses activités en Birmanie.
 

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