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Dans les coulisses du procès Clearstream

L'envoyée spéciale de FRANCE 24, Catherine Norris-Trent, est l'une des dizaines de journalistes à suivre sur place, à Paris, le déroulement du procès Clearstream. Elle nous raconte à sa façon les coulisses d'une affaire peu ordinaire.

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Mercredi 30 Septembre - "DDV" gère ses interventions avec parcimonie

 

 

C’était la journée que tout le monde attendait impatiemment, celle où Villepin allait enfin dévoiler son rôle dans l’affaire Clearstream.

 

La foule à l’extérieur du palais de justice de Paris laisse augurer d’une intervention exceptionnelle. Je n’y avais jamais vu autant de monde depuis l’ouverture du procès. Même en se pointant à l’avance, il est presque impossible de trouver une petite place à proximité de l’entrée du tribunal. Je réussis quand même à me faufiler jusqu’aux barrières de sécurité et à garder une place à mon cameraman, Éric.

 

À l’arrivée de Villepin, une vague d’excitation parcourt la masse de journalistes concentrée devant le palais de justice, où la plupart ont attendu plus de 45 minutes pressés comme des sardines. Villepin s’avance d’un pas décidé et s’exprime sur un ton d’absolue confiance en soi. À peine son intervention achevée, l’ancien Premier ministre s’éclipse, ignorant totalement les questions de la presse.

 

Mais le message est bien passé parmi nous : "DDV" gère ses interventions médiatiques avec parcimonie, distillant petites phrases et grandes déclarations aux moments de son choix.

 

Dans la salle d'audience bondée, il se lance ensuite dans une déposition parfaitement maîtrisée, proclamant son innocence d’une voix inébranlable. Mais après avoir répondu aux questions des juges et des procureurs, il se retrouve dans un face à face tendu avec Thierry Herzog, l’avocat de Nicolas Sarkozy.

 

La présence déstabilisante d’Herzog met l’ancien Premier ministre à rude épreuve. La tension monte subitement d’un cran quand l'avocat le soumet à une batterie de questions.

 

Sans perdre son sang-froid, Villepin élève la voix et contre-attaque en se lançant dans une diatribe d’un quart d’heure contre Sarkozy. C’est une violente rivalité politique qui aurait incité l'actuel chef de l'État à le traîner devant le tribunal, affirme l’ancien Premier ministre qui évoque une "colère froide" du président à son encontre.

 

Villepin va désormais chercher son salut judiciaire en se drapant dans le rôle de la victime d’un procès politique. Une stratégie qui, si elle se révèle payante, pourrait coûter politiquement cher au président de la République.

 

 

Mardi 29 septembre - Lahoud-Gergorin, une vérité contre l'autre

 

 

Après une journée assez calme lundi, les équipes de télévision sont de retour devant la salle d’audience. La deuxième journée de confrontation entre Jean-Louis Gergorin et Imad Lahoud promet encore des rebondissements. Du coup, l’annonce par le juge que l’audience du jour débutera avec l’audition de certaines des parties civiles a été accueillie avec une certaine déception.


Finalement, les auditions sont brèves et après une petite pause, les débats se portent de nouveau sur Lahoud et Gergorin, les deux prévenus au cœur de l’affaire. Cette fois encore, les deux hommes sont debout l’un à côté de l’autre devant une rangée de micros et cette fois encore passent le reste de l’audience à se contredire point par point.


Le contre-interrogatoire du juge vise à établir à quelle date, comment et sous les ordres de qui les listes de comptes Clearstream falsifiées ont été envoyées au juge Van Ruymbeke. Mais dans la salle, on se rend compte très vite que l’écart entre les différentes versions de qui a envoyé quoi et quand va être difficile à combler.


Aujourd'hui encore, la différence de style entre les deux hommes est très marquée. Lahoud s’exprime par des phrases courtes, presque enfantines. Gergorin, lui, se lance dans des propos complexes et interminables, se référant fréquemment à des évènements ayant eu lieu plusieurs années auparavant.

 

A chaque suspension de séance, Denis Robert et Florian Bourges, les deux autres prévenus, passent furtivement devant la foule des caméras, qui ne semblent pas leur prêter la moindre attention. Leurs auditions ont eu lieu la semaine dernière et comme elles ne portaient pas sur les accusations de diffamation, ils ne présentent plus aucun intérêt médiatique. Florian Bourges pénètre désormais dans la salle d’audience souriant et la tête haute alors que la semaine dernière, il se hâtait d’entrer en cachant son visage dans son manteau. Quand je fais remarquer à Denis Robert le changement d’attitude des journalistes à leur égard, il me sourit et répond simplement : "Oui, j’adore."
 


Lundi 28 septembre - "Villepin, je le trouve beau"

 

Après une pause de quatre jours, la journée est consacrée à l’audition des parties civiles. Il y en a 41 en tout, essentiellement des personnes privées. Mais beaucoup ont le sentiment d’avoir été éclipsées par la saga de la rivalité politique entre Sarkozy et Villepin. Pourtant, la liste de noms ajoutés aux listes de comptes Clearstream implique une variété ahurissante de personnalités, venant du milieu des affaires, du renseignement, des médias ou de la politique. Lundi, l’ancien patron de Thomson-CSF, Alain Gomez, était l’un de ceux à prendre la parole.



Pendant ce temps, le psychodrame continue à l’extérieur du tribunal. Les avocats de Villepin ont délivré au palais de l’Elysée l’assignation en justice de Nicolas Sarkozy pour violation de la présomption d’innocence. Au tribunal, on considère qu’il s’agit d’une démarche plus symbolique qu’autre chose, puisque Sarkozy bénéficie d’une immunité contre toute poursuite judiciaire le temps de son mandat présidentiel.

 

Les curieux, quant à eux, continuent à se presser chaque jour devant la salle d’audience. La plupart sont des admirateurs de Villepin espérant apercevoir l’ancien Premier ministre en chair et en os et lui offrir leur soutien. Ils font la queue des heures, malgré l’exigüité de la salle d’audience qui ne permet qu’à une poignée d’entre eux d’assister aux débats. Quand on leur demande pourquoi ils montrent tant de dévouement envers Villepin, la plupart n’ont pas grand-chose à dire. Il s’agit plus d’un engouement que d’une démarche rationnelle. Une femme me confie que son admiration vient de ce que la famille de l'épouse de Villepin vient comme elle de la Martinique. Plus loin, un homme salut l'arrivée de l’ancien Premier ministre en lui offrant une rose. Villepin sourit chaleureusement et pose pour les photographes avec la fleur. Je demande à cet homme s'il avait une explication particulière pour son geste. Il me répond: "Non, mais je le trouve beau."


 

Mercredi 23 septembre – Dans le vif du sujet

 

 

La journée promet d’être très instructive. Avec l’audition des deux hommes accusés d’avoir falsifié les listes de comptes Clearstream, on entre enfin dans le vif du sujet. Aujourd’hui à la barre : Jean-Louis Gergorin, un ancien membre dirigeant de la société aéronautique EADS, et d’Imad Lahoud, un ancien trader que Jean-Louis Gergorin avait recruté comme consultant. Les éléments apportés par les deux hommes sont en totale contradiction… La confrontation risque d’être musclée.

 

 

Imad Lahoud et ses avocats sont arrivés les premiers. Ils sont immédiatement assaillis par les journalistes qui essaient de leur arracher un commentaire. Mais l’ancien trader reste muet. Le prévenu ne répondra qu’aux questions de la cour, avertissent ses avocats. Je tente une diversion en m’adressant directement à lui en anglais - je sais qu’il a vécu quelques années à Londres. Pris au dépourvu, il se retourne et répond en souriant qu’il se sent calme. Je lui demande si c’est un grand jour pour lui. Il répond simplement : "C’est LE jour".

 

 

Jean-Louis Gergorin lui emboîte le pas. Et fait de son mieux pour éviter la cohue médiatique. L’arrivée de Dominique de Villepin passerait presque inaperçue.

 

 

L’audience commence avec l’audition d’Imad Lahoud et l’examen de ses relations avec Jean-Louis Gergorin. Le premier raconte que lorsqu’il a rencontré le second en 2002, il venait de sortir de prison. Il se sentait vulnérable, fragile. Et incapable de se défaire de l’influence grandissante de son employeur, capable de débarquer à l’improviste à son domicile pour lui parler en privé.

 

 

Mais c’est une autre révélation qui fait bondir la salle. Imad Lahoud affirme avoir ajouté aux fameux listings les deux noms se référant à Nicolas Sarkozy sur ordre du numéro deux d’EADS – des propos contenus dans des documents qui ont déjà fait l’objet d’une fuite mais qu’il tient là pour la première fois en public. Le ton même d’Imad Lahoud, à la fois doux et haut-perché, en rajoute au drame. Il montre une extrême déférence à l’égard des juges, s’excusant constamment d’avoir modifié sa version des faits.

 

 

Sans surprise, Jean-Louis Gergorin dément vigoureusement les accusations de son ancien employé, les qualifiant calmement de "complètement fausses" et de "rocambolesques". Il dit avoir été séduit, comme tant d’autres, par la personnalité d’Imad Lahoud et qu’il n’est pas le manipulateur mais bien la victime de la manipulation. Plus tard, lors du contre-interrogatoire, les deux hommes, debout l’un à côté de l’autre, rejettent catégoriquement la version des faits présentée par l’autre.

 

 

Le match Villepin-Sarkozy reprend le dessus

 

 

La soirée recèle d’autres surprises. Pour la première fois, Imad Lahoud annonce qu’il a rencontré Dominique de Villepin. Ce que l’intéressé rejette catégoriquement.

 

 

Un peu plus tard, Me Olivier Metzner, l’un des défenseurs de Villepin, quitte l’audience pour annoncer aux journalistes qu’Imad Lahoud est régulièrement entré en contact avec plusieurs proches de Nicolas Sarkozy et sous-entend que le président en sait beaucoup plus qu’il n’a bien voulu l’admettre. Olivier Metzner affirme qu’il existe des preuves que ces rencontres aient bien eu lieu avant, pendant et après le moment où Imad Lahoud affirme avoir ajouté le nom de Nicoals Sarkozy sur les listings.

 

 

Finalement, la journée se conclut avec les réactions outragées des avocats de Dominique de Villepin après les propos tenus par Nicolas Sarkozy lors d’une émission télévisée enregistrée depuis New York, où il se trouve pour un sommet de l’ONU. "Deux juges indépendants ont estimé que les coupables devaient être traduits devant un tribunal correctionnel", a déclaré le président devant les caméras. Pour la défense, il s’agit d’un cas de violation de la présomption d’innocence.

 

 

La journée avait commencé avec un duel Lahoud-Gergorin. Elle se finit par nouveau round du match Villepin-Sarkozy. Une fois de plus.

 

 

 

Mardi 22 septembre – Le calme après la tempête

   

Une journée peut faire toute la différence. Après une ouverture spectaculaire, l’excitation est un peu retombée au deuxième jour du procès Clearstream. A 11h ce matin, contrairement à hier, peu de journalistes avaient fait le déplacement au palais de justice. L’audience de ce mardi doit établir comment les listes des comptes non falsifiées de Clearstream se sont retrouvées hors des circuits de l’entreprise luxembourgeoise.

 

 

Mais même si les débats de la journée ne les concernent pas directement, tous les prévenus doivent être présents. Comme hier, Dominique de Villepin et les autres sont arrivés au tribunal vers 13h30, accueillis par quelques journalistes et caméras venus filmer leur entrée mais avec beaucoup moins d’enthousiasme qu'à l'ouverture.

 

 

A l’intérieur de la salle d’audience, les juges se sont mis directement au travail. Florian Bourges, 31 ans, le plus jeune des prévenus, est le premier à être appelé à la barre. Il n’avait que 23 ans à l’époque où il effectuait son stage chez Clearstream, en 2001. Mais Bourges ne semble pas le moins du monde impressionné par la cour et répond calmement aux questions des juges, depuis les raisons qui l’ont poussé à photocopier les listes de comptes à celles qui l’ont conduit à les remettre à deux personnes étrangères à la société. Son audition dure plusieurs heures mais Bourges répond sur un ton tranquille, caressant régulièrement sa barbe taillée en bouc. Interrogé par les avocats de Clearstream, Bourges reconnaît qu’il a peut-être naïf, "voire stupide", mais se défend d’avoir consciemment violé la clause de confidentialité qui le liait à la société.

 

 

Puis c’est au tour du journaliste d’investigation Denis Robert de se lever. Ce dernier a obtenu les copies des listes de compte des mains de Florian Bourges. Au cours de son audition fleuve, Robert explique d’un débit rapide, et non sans digressions, comment il s’est retrouvé à enquêter sur Clearstream et le fonctionnement des paradis fiscaux. Le journaliste dit avoir eu de bonnes relations avec sa source, Bourges, s’adressant même à lui directement depuis la barre en le tutoyant. A plusieurs reprises, le juge doit le recadrer et lui demander de répondre directement à ses questions. Robert insiste sur le fait qu’il ne devrait pas être poursuivi pour l’obtention des listings. Il ne faisait là que son devoir de journaliste. Le prévenu va même jusqu’à suggérer que les autorités devraient le remercier pour les informations obtenues dans le cadre de son travail.

 

 

Bourges et Robert évoquent chacun à leur tour leurs relations avec le prévenu Imad Lahoud. Il est l’homme accusé d’avoir falsifié les listes de comptes et d’avoir ajouté, entre autres, le nom de Nicolas Sarkozy. Tous deux rapportent qu’à leur première rencontre, Lahoud s’était présenté comme un agent de la DGSE. L’audition d’Imad Lahoud, qui promet d’être explosive, est fixée pour mercredi.

 

 

 

Lundi 21 septembre - Ouverture sous tension du procès


Ca y est, le procès Cleastream a commencé. Et de quelle façon !


L’audience ne débute qu’à 13h30, mais journalistes et avocats faisaient déjà les cent pas depuis le début de la matinée. L’atmosphère est électrique, surtout aux abords de la salle d’audience. Des barrières métalliques et une douzaine de policiers en gardent l’entrée. Sans cette précaution, les journalistes se seraient sans doute déjà rués dans la salle. A l’extérieur du tribunal, la rue est entièrement bloquée par des camions satellites, prêts à transmettre en direct les commentaires des correspondants du monde entier.


Les "stars" du procès finissent par arriver. Quelqu’un crie pour prévenir qu’Imad Lahoud, l’infomaticien au centre de l’affaire, est là. Pas besoin de demander où, il suffit de suivre la ruée des journalistes dans le couloir. En moins d’une minute, Lahoud et ses avocats sont encerclés par les caméras et les micros. Lahoud ne dit pas un mot. Ses avocats font une brève déclaration en tentant de repousser le flot de journalistes, entourant même leur client de leurs bras pour le protéger physiquement de la foule.


Nouveau sprint dans le couloir à l’apparition de Jean-Louis Gergorin, ancien cadre dirigeant d’EADS et personnage-clé de l’affaire. Le cohue est telle que Gergorin et ses avocats sont obligés de se replier dans un couloir annexe et d’attendre une escorte de police pour pouvoir continuer leur trajet vers la salle d’audience.

 

Puis c’est un Denis Robert souriant et apparemment détendu qui fait son entrée. Accusé de s’être procuré les listes de comptes Clearstream de façon illégale, le journaliste déclare à ses confrères n’avoir fait que son devoir.

 

Les avocats suent à grosses gouttes

 

Quelques minutes avant le début du procès, l’ancien Premier ministre Dominique de Villepin passe les barrières de sécurité suivi des membres de sa famille, et se lance dans une véhémente diatribe anti-Sarkozy avant d’entrer à son tour dans la salle d’audience.


La salle d’audience, exiguë, est pleine à craquer et certains sont condamnés à rester debout au fond. L'atmosphère est pesante. Engoncés dans leurs épaisses robes, les avocats  transpirent à grosses gouttes. Les prévenus font face aux juges. Impossible de distinguer quoi que ce soit sur leur visage. Villepin bouge à peine, comme s'il prête une étroite attention aux menus détails de la bataille légale. Il fait ainsi face à Imad Lahoud, celui-là même qui avait déclaré avoir ajouté le nom de Nicolas Sarkozy à sa demande. Villepin s’en était défendu. Au premier jour d’audience, l'ancien chef du gouvernement français et Imad Lahoud n’ont pas échangé un seul regard.


Puis les choses sérieuses commencent : lecture de la liste de tous les participants au procès. Chacun des prévenus s’est levé pour confirmer son identité. Une longue joute oratoire a suivi sur le bien-fondé de la constitution de Nicolas Sarkozy comme partie civile en raison de sa situation juridique unique. Finalement, les juges ont décidé que cette objection serait traitée en fin de procès, en même temps que le verdict.
 

(Traduit de l'anglais)

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