Accéder au contenu principal

Lahoud accuse Gergorin d'avoir fait inscrire Sarkozy sur les fichiers

Prévenu dans l'affaire Clearstream, Imad Lahoud (à g. sur la photo) dit avoir ajouté le nom de Nicolas Sarkozy dans les listings, sur ordre de l'ex-numéro deux d'EADS, Jean-Louis Gergorin (à dr.), qui dément toute implication.

Publicité

AFP - Soupçonné d'être le faussaire des listings au procès Clearstream, Imad Lahoud a accusé mercredi Jean-Louis Gergorin d'être le cerveau de l'affaire qui lui a ordonné d'ajouter le nom de Nicolas Sarkozy sur les fichiers falsifiés, des accusations qualifiées de "grotesques" par son coprévenu.

"Je suis une petite main", mais "en aucun cas l'auteur de l'affaire", a martelé devant le tribunal correctionnel de Paris l'ancien trader, mathématicien ambitieux et volubile, décrit par ses adversaires comme ayant une "extraordinaire capacité de manipulation", qui a présenté à l'audience le dernier avatar de multiples versions.

"C'est totalement loufoque", lui a alors répondu l'ex-vice président d'EADS Jean-Louis Gergorin, tout en avertissant le tribunal: "M. Lahoud vous a démontré une chose, sa grande capacité imaginative, mais je crois qu'il a perdu beaucoup de sa force de persuasion".

L'affaire Clearstream est une vaste histoire de manipulation, dans laquelle des listings bancaires ont été falsifiés et transmis à la justice afin de faire croire que certaines personnalités, dont Nicolas Sarkozy, détenaient des comptes occultes.

Quelques heures plus tôt, Imad Lahoud s'était mis à table pour livrer sa énième vérité.

"J'ai manipulé" le journaliste Denis Robert et l'auditeur Florian Bourges, afin de récupérer auprès d'eux des listings de la chambre de compensation Clearstream, a reconnu M. Lahoud, mais "c'étaient les ordres". "C'est M. Gergorin qui me demande d'aller les chercher et je m'exécute". "J'étais sa chose. J'ai fait ce qu'il m'a demandé de faire".

"J'ai conservé tous ces documents" pour lui, mais "je n'ai pas fabriqué les listings Clearstream", a ajouté l'agrégé de mathématiques avant, coup de théâtre, de lui imputer l'ajout du nom de Nicolas Sarkozy.

"Je reconnais, a-t-il dit solennellement au président Dominique Pauthe, avoir recopié sur une feuille Excel un modèle papier que m'a donné Jean-Louis Gergorin avec les patronymes Stéphane Bocsa et Paul de Nagy", ceux de Nicolas Sarkozy.

Cela se serait passé, selon lui, dans le bureau du patron des RG de l'époque, Yves Bertrand, en mars 2004.

Mais alors, pourquoi avoir attendu si longtemps pour le dire, le questionne le président.

"Jean-Louis Gergorin exerçait une pression énorme sur moi", s'est plaint le quadragénaire. C'était "un patron envahissant qui venait le soir chez moi, restait jusqu'à 23H00". "Il virait quasiment ma femme de la pièce, allumait un robinet et discutait pendant une heure des attaques qui pouvaient avoir lieu contre le groupe Lagardère".

"J'ai eu des doutes à plusieurs reprises, mais c'était un interlocuteur légitime, c'était le numéro deux d'EADS, il m'avait aidé dans ma carrière au sein d'EADS", a-t-il raconté. "Je sortais de détention provisoire, j'étais désespéré, il m'a tendu la main".

En fait, a-t-il accusé, "il avait tout orchestré pour que j'apparaisse comme le commanditaire de cette affaire".

"Je ne peux simplement que démentir en bloc, notamment cette scène grandguignolesque dans le bureau de M. Bertrand", a rétorqué M. Gergorin.

"C'est un tissu total de contrevérités pour ne pas dire de mensonges", a renchéri le polytechnicien, persuadé d'avoir été "un gogo dans cette affaire", "un pigeon".

Et pour cause, a-t-il dit, "je n'arrivais pas à imaginer que Lahoud puisse se payer ma tête", c'est "quelqu'un de très doué, très intelligent, très séduisant".

"Je regrette amèrement mes erreurs de jugement, je suis tombé dans le panneau", a argumenté le stratège aéronautique. "J'ai été drogué, intoxiqué, mais j'y ai cru de bonne foi."

Le procès se poursuivra lundi avec l'audition des parties civiles.

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.