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Focus

Le poids des religieux s'accroît au sein de Tsahal

Les sionistes religieux, de plus en plus nombreux au sein de l'armée israélienne, représentent la frange "la plus motivée" des soldats de Tsahal, et son principal réservoir de main d'œuvre. Dans le pays, certains s'inquiètent de potentielles dérives.

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Les invités de ce Focus sont Gil Mihaely, journaliste à Yediot Ahronoth, et Marc de Chalvron, correspondant de FRANCE 24 à Jérusalem.

 

Les prémices de la polémique remontent au mois de janvier dernier. Quelques semaines après la fin de l’opération "Plomb durci" de Tsahal à Gaza, les premières rumeurs circulent : pour la première fois, les rabbins auraient investi le champ de bataille. Historiquement, ces derniers ne sont là que pour permettre aux soldats de vivre leur religion le mieux possible. Mais cette fois, ils étaient au plus près des combats, pour motiver les troupes. Les discours sont dérangeants : les Palestiniens sont assimilés aux Philistins des temps bibliques, un peuple qu’il faut détruire, un point c’est tout.

L’association "Breaking the Silence" a récupéré des dizaines de prospectus distribués aux soldats pendant la guerre, dont la plupart portent le logo officiel du rabbinat militaire. "Ce qui est dérangeant, c’est que ces rabbins ne sont pas que des rabbins, ils sont aussi commandants. Leurs mots sont des ordres pour les soldats", explique Michael Mankin, l’un des membres fondateurs de l’association.

Le rabbinat militaire nie avoir imprimé ces tracts, accusant des rabbins d’avoir agi de leur propre chef. Mais le mal est fait : comment les religieux ont-ils pu accéder aux soldats aussi facilement ? Depuis, les polémiques se multiplient sur le sulfureux chef des rabbins de l’armée, Avihaï Rontzki. Nommé en 2006 après le désengagement de Gaza pour retisser les liens entre l’armée et la droite religieuse nationaliste, celui-ci s’attribue un rôle nouveau. Il veut éduquer les soldats, apporter un nouvel "esprit de combat" et, par la même occasion, donner au conflit des accents religieux.

Pour Nehemia Dagan, c’est très clair, il faut arrêter cela tout de suite. Ce général de l’aviation a longtemps dirigé l’éducation au sein de son armée et c’est avec un goût amer qu’il constate l’influence grandissante de la religion. "Oui, c’est une conséquence du fait que la société devient de plus en plus religieuse, mais ce n’est pas une raison suffisante, explique-t-il. Quoiqu’il se passe dans la société, il faut éviter que la religion s’invite sur le champ de bataille. Sinon, ça devient une guerre sainte !"

Les sionistes religieux, nouveaux Kibboutzniks

Pour Michael Mankin, c’est l’establishment de l’armée qui est coupable. Coupable de laisser trop de place à ce personnage incontrôlable sous le seul prétexte de ne pas s’aliéner les sionistes religieux : "Si les militaires donnent aux rabbins de l’armée autant d’importance, c’est parce qu’il y a une proportion de plus en plus importante de religieux messianiques parmi les soldats. Et ils ont besoin ou ont envie d’entendre ce genre de soutien."

De fait, les sionistes religieux représentent une part de plus en plus importante du corps de l’armée. L’armée rechigne à publier des chiffres officiels, mais des estimations circulent sans qu’elles soient réellement démenties : la moitié des sous-officiers dans l’infanterie serait aujourd’hui des religieux. Un nombre qui ne cesse de croître. Les religieux nationalistes sont aujourd’hui surreprésentés parmi les soldats, comme l’étaient avant les Kibboutzniks, les membres des kibboutz. Et pour cause : ils sont plus motivés que les autres pour aller se battre.

Le rabbin Moshe Hager-Lau est l'un des grands personnages du sionisme religieux en Israël. Ce colonel de réserve fait partie des fondateurs de la colonie de Beit Yatir, à l’extrême sud de la Cisjordanie. Son école religieuse n’est pas tout à fait comme les autres. Il s’agit en fait d’une Mehina, un institut pré-militaire chargé de préparer les jeunes religieux à faire leur service. "On était ensemble dans le kibboutz, enfermés dans les communautés religieuses explique le rabbin, M16 en bandoulière. Et maintenant,  nous sommes partout dans toutes les unités, dans toutes les villes. C’est ça le but des Mehinots."

C’est le discours classique du sionisme religieux  quand l’armée devient un devoir biblique. Raviv, 19 ans, est étudiant dans la Mehina : "Il est écrit dans la Torah que l’on doit faire l’armée, comme les soldats de David et Shaul l’ont fait avant nous. Et puis, c’est logique. On est là et on doit tout faire pour y rester, maintenant."

l'un des autres objectifs des Mehinot est de préparer spirituellement et idéologiquement les jeunes religieux à entrer dans l’armée, une institution laïque, et à faire des concessions sur les obligations religieuses, comme par exemple accepter de servir pendant Shabbat ou même - si nécessaire - pendant Yom Kippour. Les Mehinot doivent également apprendre aux jeunes garçons à répondre à des ordres contraire à leurs convictions, comme par exemple évacuer des colonies juives. L'un des étudiants raconte qu’il n’a pas encore d'avis sur la question : "On en a parlé plusieurs fois entre nous. Mais je ne sais pas… Je ne sais pas comment je réagirai tant que je ne serai pas confronté à la situation." Une incertitude qui traduit un malaise évident.

La Rabbin Hager Lau ne nie pas le dilemme. Au moment de l’évacuation des colonies du Gush Katif, à Gaza, il avait condamné la décision politique mais demandé aux soldats de respecter l’ordre de la hiérarchie, déchiré entre son appartenance nationale et ses convictions profondes. "C’est très difficile effectivement, confie le Rabbin. Mais normalement, l’armée fait en sorte de ne pas mettre les soldats religieux devant ce dilemme."

Toutefois, le rabbin Hager Lau est satisfait du chemin parcouru. Lui qui fut l’un des premiers religieux à vraiment s’investir dans l’armée, l’un des pionniers du sionisme religieux, il voit aujourd’hui ses "ouailles" prendre la relève. La suite lui paraît naturelle. C’est l’esprit de l’armée, en tant qu’institution, qui doit évoluer :  "On doit protéger cette terre avec les meilleurs soldats. Et la meilleur façon d’être un bon soldat, c’est d’être connecté à notre passé, à nos croyances, à nos parents et à notre terre. C’est parce qu’on est juif qu’on est au Moyen-Orient. Si on n’essaie de ne pas l’être, alors ça ne marchera plus".  Le rabbin Hager Lau n’a pas l’air inquiet. Il en est persuadé : le cours de l’Histoire lui est favorable…
 

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