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TOGO

Tensions entre Paris et Lomé après le renvoi d'un diplomate français jugé trop proche de Kofi Yamgnane

Texte par : Marie Sophie JOUBERT
4 min

Lomé a ordonné l'expulsion d'un diplomate français dont le tort fut de s'afficher aux côtés de l'opposant Kofi Yamgnane (photo). Une décision qui témoigne du climat de nervosité régnant dans le pays à quelques mois de la présidentielle.

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Il ne reste plus que quelques jours à Eric Bosc pour plier bagages. Sur ordre des autorités togolaises, le premier secrétaire de l'ambassade de France à Lomé doit quitter, dans les plus brefs délais, la capitale, où il réside depuis trois ans. La raison ? Le diplomate français se serait affranchi de son devoir de réserve en s’affichant à plusieurs reprises aux côtés de l’opposant Kofi Yamgnane, candidat à la présidentielle du 28 février 2010.

Interrogé par FRANCE 24, l’intéressé, que l’on disait être encore à Lomé ce mercredi, s'est refusé à tout commentaire. De son côté, Kofi Yamgnane admet connaître depuis plusieurs années Eric Bosc. "C’est est un ami. Mais ce n’est pas interdit à un diplomate d’avoir un ami politique !" s’exclame l’homme politique franco-togolais, qui a accompli ses premiers faits d’armes dans l’Hexagone. Ancien secrétaire d'Etat du président socialiste François Mitterrand, Kofi Yamgnane s’est fait connaître du grand public en devenant le premier maire noir de France. A Saint-Coulitz, un village de l’Ouest de la Bretagne, la région d’origine d’Eric Bosc. De quoi tisser des liens…

Nervosité à l'approche d'une présidentielle délicate

Pour nombre d’observateurs, cette expulsion trahit une certaine nervosité du pouvoir togolais à l'approche d'une échéance présidentielle délicate. "Le climat dans le pays est électrique en ce moment. L’opposition est en train de faire monter la pression", rapporte Emmanuelle Sodji, correspondante de FRANCE 24 au Bénin. Les candidats à la présidentielle militent en faveur d’une consultation à deux tours plutôt qu’à un seul comme il en est pour l’instant question. Un mode de scrutin qui, selon l’opposition, favoriserait le président sortant, Faure Gnassingbé, fils de Gnassingbé Eyadéma, au pouvoir pendant 38 ans.

"Le message est très clair : le gouvernement à peur parce que je suis devenu un candidat sérieux", affirme Kofi Yamgnane. Et son attaché de presse, Ronan Le Flécher, d’ajouter : "Kofi Yamgnane est régulièrement intimidé par le gouvernement en place. Il n’a pas encore reçu, par exemple, sa carte de l’électeur". Une information que la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) n’a pas souhaité confirmer ni infirmer.

Chargé au sein de l’ambassade française du suivi de la politique intérieure, Eric Bosc serait considéré à Lomé comme le témoin gênant de pratique électorale peu scrupuleuse. Selon le ministère des Affaires étrangères, qui, en guise de représailles, a demandé le départ de Paris d’un diplomate togolais du même rang, Eric Bosc "a fait preuve d'un grand professionnalisme".

Un message pour Paris

Pour Albert Bourgi, politologue et spécialiste du continent africain, il ne fait aucun doute que cette expulsion "a un fort parfum électoraliste. Il s’agit probablement de mettre en garde Paris contre des velléités d’ingérence."

Un point de vue partagé par d’autres experts du Togo. "Faure Gnassingbé veut signifier à la France qu'il ne veut pas que l'on s'occupe de ses affaires", appuie Antoine Glaser, directeur de la publication "La Lettre du continent".

Selon le journaliste, l’homme fort de Lomé est très agacé des "messages" de démocratie que lui envoie la France via le président burkinabè, Blaise Compaoré, chargé de la médiation entre le pouvoir et l'opposition. "Des officiels à Paris ont reçu à plusieurs reprises des opposants togolais comme Gilchrist Olympio. Et cela irrite le chef de l’Etat togolais", explique-t-il.

En renvoyant le diplomate français, Faure Gnassingbé montre "à ses ‘amis’ français qu'il est totalement indépendant [de la France], même si l’homme d’affaires Vincent Bolloré a fait un retour majeur sur le port autonome de Lomé", analyse Antoine Glaser.

En juin 2009, le gouvernement togolais a confié au groupe Bolloré la gestion de ce port en eaux profondes, porte d’entrée vers le Burkina Faso, le Niger et le Mali. Certains observateurs avaient alors analysé cette décision comme un geste envers Nicolas Sarkozy, le grand ami de Vincent Bolloré, pour obtenir son soutien lors de la présidentielle togolaise.

 

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