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Roumanie 1989, une révolution médiatiquement ratée

Le 21 décembre, la Roumanie fêtera les 20 ans du soulèvement qui a conduit à la chute de Nicolae Ceausescu. Retransmise en direct à la télévision, cette révolution, entachée par l'imposture de Timisoara, a marqué l'histoire des médias.

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Décembre 1989. À la veille des fêtes de fin d’année et plus d’un mois après la chute du Mur de Berlin, les yeux du monde entier se tournent vers la Roumanie où le pouvoir de Nicolae Ceausescu vacille.

En moins d’une semaine, le dernier bastion stalinien de l’Europe de l’Est s’effondre sous le regard de plusieurs millions de téléspectateurs qui assistent, en direct et pour la première fois, à une révolution devant leur petit écran. Tel un feuilleton, les événements violents successifs, qui ont débouché sur l’exécution du Conducator, ont captivé les Français malgré les ratages d’une couverture qui feront date dans l’histoire des médias.

Course à l’information

"Au mois de décembre, l’information n’est pas très nourrie pendant la trêve des confiseurs. Sachant qu’au printemps les évènements de Tiananmen n’ont abouti sur rien et que la chute du Mur de Berlin s’est faite en douceur, le soulèvement à rebondissement en Roumanie tombait à pic pour les médias et correspondait plus à l’image qu’ils se font d’une révolution, c'est-à-dire violente et douloureuse. D’où l’emballement qui a suivi", analyse Christian Delporte, historien des médias et du journalisme.

Les journaux télévisés français, notamment ceux des chaînes privées qui se livrent une concurrence acharnée, couvrent les événements en s’appuyant sur les images de la télévision roumaine, qu’ils retransmettent en direct (voir vidéo ci-dessous). "Les médias occidentaux dépendaient des images brutes livrées par la télévision roumaine. Les journalistes français découvraient souvent les reportages en direct, en même

15 décembre - Des habitants de Timisoara (ouest du pays) se rassemblent pour empêcher l'expulsion du pasteur et opposant Laszlo Tokes.

17 décembre - Face à la multiplication des manifestations à Timisoara, Nicolae Ceaucescu donne l'ordre d'ouvrir le feu sur la foule. Des dizaines de personnes sont tuées.

21 décembre - Ceausescu convoque une manifestation de soutien mais se fait huer. Des manifestants se dirigent vers la place de l'Université et érigent des barricades. Des dizaines de personnes sont tuées.

 22 décembre - Après avoir fui Bucarest, le couple Ceausescu est arrêté à Targoviste, à 60 km de la capitale.

23-24 décembre - Des centaines de personnes, officiellement victimes "des défenseurs du régime", tombent dans les rues de Bucarest.

 25 décembre - À l'issue d'un procès sommaire, les époux Ceausescu sont condamnés à mort par un tribunal militaire, puis exécutés.

temps que les téléspectateurs, perdant par conséquent leur rôle essentiel de filtre au nom de la course de l’information", explique Christian Delporte.

 

Timisoara : manipulations et dérapages

Tout commence à Timisoara, une ville située près de la frontière avec la Hongrie. Le 17 décembre 1989, une manifestation contre l'expulsion du pasteur protestant Laszlo Tokes, opposant au régime, est réprimée dans le sang. Des dizaines de personnes sont tuées. Le soulèvement s’amplifie dans la ville et gagne en quelques jours Bucarest où il prend une ampleur décisive qui va provoquer la chute de Ceausescu.

Le 22 décembre, c’est le choc. Des images d’un charnier montrant 19 cadavres présentés comme ceux de victimes de la répression à Timisoara sont diffusées en boucle sur les télévisions françaises. A l’émotion provoquée par la cruauté des images, s’ajoutent des bilans humains évoquant 4 630 morts dans la ville. Émis par des agences yougoslaves et hongroises, ils sont relayés par l’Agence France-Presse (AFP). Ces chiffres sont repris sans vérification par presque tous les médias français. Un mois plus tard, on apprenait que les corps étaient ceux de personnes mortes avant le début des événements. Le bilan officiel de la révolution roumaine fera finalement état de 93 morts à Timisoara.

Aujourd’hui encore, cette manipulation reste le symbole des dérives journalistiques. "Les médias devraient désormais être vaccinés contre une grande manipulation telle que celle de Timisoara. Mais on est jamais à l’abri d’un nouveau type de dérapage dans un contexte de concurrence et de mimétisme, propre au journalisme", conclut Christian Delporte.
 

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