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CINÉMA

"Les Chats persans", du rock au pays des mollahs

Texte par : Daphné SEGRETAIN
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Vidéo par : FRANCE 2
4 mn

Le réalisateur kurde iranien Bahman Ghobadi choisit de mettre en scène une jeunesse en quête de liberté dans un Téhéran underground. Son film "Les Chats persans", tourné dans la clandestinité, a ému, en mai, les festivaliers à Cannes.

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Parce qu'en Iran les chats - et les chiens - sont proscrits dans les rues au même titre que la musique occidentale, la comparaison était trop tentante pour le réalisateur kurde iranien Bahman Ghobadi. "Alors que les chats persans sont les plus chers au monde, ils ne valent rien en Iran. De même, les jeunes musiciens du film ont une vraie valeur aux yeux de l’étranger, mais sont considérés comme des moins que rien dans leur propre pays", explique-t-il.

Dans "Les Chats persans", Bahman Ghobadi s'attache à montrer la vie de musiciens underground à Téhéran qui tentent d'échapper à la répression des autorités. Depuis la révolution de 1979, rock, rap et hip hop sont "nadjès", interdits par l'islam. Mais il existe une jeunesse qui tente de défier les codes et d’outrepasser la censure.

Passant de caves en chambres calfeutrées à Téhéran, le cinéaste mélomane rencontre en janvier dernier la chanteuse Negar et le musicien Ashkan Koshanejad qui vont jouer le rôle de leur propre vie : organiser par tous les moyens un concert clandestin qui leur permettra de financer leur fuite. Mais les deux jeunes terminent derrière les barreaux.

Caméra d’Or au Festival de Cannes 2000 avec "Un Temps pour l’ivresse des chevaux", Bahman Ghobadi manie l’humour durant 1h40 pour dissimuler une souffrance parfois oppressante. Le film débute sur un groupe de metal qui joue dans une grange entre deux beuglements de vaches. "Nous autres Iraniens sommes confrontés à des tas de problèmes, mais nous passons notre temps à rire, danser et écouter de la musique…Malheureusement, le pouvoir nous a confisqué les occasions de nous amuser", commente-t-il.

"En 17 jours de tournage, j'ai vieilli de 17 mois"

Le tournage, interrompu à deux reprises par la police, a été réalisé dans la clandestinité. "Après avoir passé trois ans à tenter d’obtenir des autorisations pour tourner un film, en vain, j’ai décidé d’enregistrer un album pour raconter ma déception, explique-t-il. N’obtenant toujours pas d’autorisation, je me suis tourné vers les studios de musique clandestins."

"Dans la presse, on parle de l'Iran comme d'une puissance nucléaire. Nous, notre pouvoir est artistique."

Ashkan, l'un des comédiens principaux

Conséquence : les scènes sont tournées rapidement et dans l'urgence pour que la police ne repère pas l'équipe. "J'ai le sentiment qu'en 17 jours de tournage, j'ai vieilli de 17 mois", poursuit-il.

Depuis la fin du tournage, Bahman Ghobadi s'est exilé en Europe et n'a toujours pas élu port d’attache. Negar et Ashkan se sont réfugiés à Londres où ils donnent des concerts, en toute liberté.

La sanction n'a pas tardé pour la journaliste américano-iranienne et co-scénariste du film Roxana Saberi, restée au pays. En janvier, elle est emprisonnée durant quatre mois pour espionnage et libérée deux jours avant l’ouverture du Festival de Cannes. Quelques jours plus tard, le film projeté pour la première fois remportait le Prix spécial du jury dans la sélection Un certain regard.

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