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Focus

Des multinationales complices de l'apartheid ?

Par : Caroline DUMAY

Un groupe de 60 000 victimes de l’apartheid a porté plainte contre 8 multinationales pour complicité avec le régime sud-africain. Le procès s’est ouvert le 6 janvier à New York, dans un contexte politique plutôt favorable aux victimes : après des années d’oubli, les gouvernements Zuma et Obama semblent prêts à les écouter.

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Sindiswa fait partie des dizaines de milliers de Sud-Africains qui portent plainte contre les sociétés qui ont collaboré avec l’apartheid. Elle avait été blessée en 1976, torturée alors qu’elle était enceinte de cinq mois. Elle a perdu son bébé et plusieurs autres membres de sa famille.  
 
Victime du système, elle recherche aujourd’hui les responsabilités internationales de ces années noires.
 
‘’Si les sociétés qui vendaient des armes n’avaient pas aidé  notre gouvernement, les autorités n’auraient surement pas pu agir de la sorte.  Dans les townships, à l’époque, les tanks circulaient tout le temps, et  ça tirait, courrait autour de nous. On ne nous laissait pas respirer…‘’ raconte la responsable de l’association Khulumani.
 
Des millions de Sud-africains ont été directement victimes de l’apartheid. Huit grosses multinationales sont attaquées. Parmi elles, les banques suisses qui ont permis le commerce de l’or, les fabricants de voitures qui fournissaient des fourgons de police, et les sociétés informatiques sans lesquelles la classification raciale n’aurait pu être aussi efficace.
 
Le dossier est préparé depuis des années par un groupe d’avocats sud-africains. La loi américaine permet à des individus d’attaquer n’importe quelle compagnie susceptible d’être complice de violation des droits de l’homme. L’apartheid a été classé comme un crime contre l’humanité.
 
Pour Charles Abrahams, l’avocat du Cap qui a compilé ce dossier depuis presque dix ans, les poursuites sont tout a fait justifiées.
 
‘’On se souvient encore du soutien international et de l’émotion immense qu’avait engendré l’affaire des fonds juifs - et ce a cause des atrocités qui ont été perpétrées.  Mais on se demande pourquoi on n’a pas ce genre de soutien, alors que pendant plus de quarante ans, les Sud-africains ont vécu une sorte d’holocauste a leur façon‘’ assure t-il.  
 
Indemnisation des victimes
 
En Afrique du sud, en tout cas, le procès est populaire, car la problématique des réparations n’a jamais été réglée. La commission vérité a très peu indemnisé les victimes. Beaucoup espèrent que cette saga judiciaire aboutira à la mise en place d’un fond de réparation destiné à ceux qui en ont le plus besoin.
 
‘’Cet argent sera administré de telle façon  que ce seront les victimes de l’apartheid qui en bénéficieront, ceux qui ont souffert et qui continuent aujourd’hui à souffrir» explique Lungisile Ntsebeza, professeur à l’université du Cap.
 
Les plaignants semblent s’être résignés à ce que le procès dure plusieurs années. Comme Sindiswa, ils n’ont de toute façon rien à perdre. ‘’Vous savez, c’est un peu comme David contre Goliath.  On s’est dit qu’il nous fallait être patient,  le plus patient possible. Bien sur qu’on peut perdre, l’essentiel c’est qu’on montre au reste du monde qu’on s’est battu’’, dit-elle.
 
Aucune des sociétés listées ne fait pour le moment de commentaire sur ce procès. Elles continuent de mener leurs affaires en Afrique du Sud comme si de rien n’était, comme elles l’ont toujours fait dans l’ex-pays de l’apartheid.
 
 
Emission préparée par Marie Billon.

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