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Au cœur de la crise, des cadres en mal d’humain

Pour 2010, les cadres sont avant tout en attente d'humain dans leurs entreprises : ils demandent de la "communication interne" avant les "rémunérations", alors que la question du pouvoir d'achat est par ailleurs prégnante.

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Sondage Viavoice réalisé pour HEC, Le Figaro Réussir, L’Express Réussir, France Inter et France 24. Interviews effectuées du 19 au 31 décembre 2009, par téléphone.
Échantillon de 403 personnes, représentatif de la population des cadres résidant en France métropolitaine. Représentativité assurée par la méthode des quotas appliquée aux critères suivants : sexe, âge, statut d’activité (salarié du secteur public ou du secteur privé).

 

Analyse de François Miquet-Marty, Viavoice

2010 sera-t-elle l’année de la reprise ou celle de la stagnation ? Après le rebond spectaculaire des cours financiers depuis mars 2009 (CAC40 au-dessus des 4 000 points le 4 janvier) et un retour de la croissance (+0,3 %) dès le deuxième trimestre 2009, les économistes envisagent pour la France une croissance faible pour 2010, de l’ordre de 1 %. Une croissance sans emploi, et accompagnée d’un retour de l’inflation qui suivra vraisemblablement le prix des matières premières. La récession est terminée mais la crise continue, et son impact social pourrait se prolonger en 2010 voire au-delà.
Dans ce contexte, l’indice global du moral des cadres, en dents-de-scie au deuxième semestre 2009, chute à nouveau : il s’établit désormais à -33, après s’être fixé à -30 en août, -34 en septembre, puis -30 en octobre et novembre.
Ce mauvais résultat s’explique par deux phénomènes profonds et relativement inattendus :

  • Les anticipations macroéconomiques ne s’améliorent pas ;
  • Surtout, pour eux-mêmes, les cadres sont moins en demande de bénéfices matériels, que de considérations humaines.

 

Des anticipations macroéconomiques qui ne s’améliorent pas

 

Les perceptions sur le front de l’emploi et du pouvoir d’achat ne s’améliorent pas :

  • Près de la moitié des cadres pensent que le niveau de vie général se dégradera en 2010 (49 %, +2 points) contre seulement 13 % qui avancent le contraire ;
  • Et plus des trois-quarts (77 %, -1) anticipent une augmentation du chômage ; à l’inverse, seuls 5 % des cadres envisagent une baisse du chômage « dans les mois qui viennent ». Qui plus est ces inquiétudes sont globalement partagées par tous, même si les 18-39 ans sont un peu moins inquiets sur le chômage (seuls 70 % d’entre eux pensent que le taux de chômage augmentera).

Il est frappant de constater la persistance de ce pessimisme, qui contrevient à la perspective d’une amélioration conjoncturelle au cours de l’année 2010. Cette absence d’amélioration repose sur le constat d’un chômage toujours en hausse, sur une défiance à l’égard de l’efficacité des politiques mises en œuvre par l’exécutif, et sur le constat de difficultés structurelles persistantes, telles que l’endettement (public et celui des ménages), ou encore la non-éradication des actifs toxiques au sein des banques.

Ce contexte de pessimisme macroéconomique grève la motivation des cadres et de leurs collaborateurs : celle-ci faiblit fortement après avoir atteint des records à l’automne : 53 % des cadres estiment que leurs collaborateurs sont « motivés », score en baisse de 6 points par rapport aux données enregistrées le mois dernier, et de 9 points par rapport à celles qui avaient été obtenues il y a deux mois.

 

L’humain, avant les considérations matérielles

 

Plus profondément, les cadres du secteur privé expriment aujourd’hui un profond désir de considération humaine dans l’entreprise, lequel prévaut sur les attentes financières personnelles (rémunérations). Interrogés sur les éléments qu’il faudrait « améliorer en priorité dans l’entreprise » dans laquelle ils travaillent, les cadres du secteur privé citent en priorité, pour 2010 :

  • Des éléments relevant de la communication (44 %) et en priorité la communication interne : 31 % des réponses concernent « la communication interne », laquelle concerne directement les salariés dans l’entreprise ; et ce score précède celui recueilli par les « rémunérations », citées par 27 % des personnes interrogées.
  • Des éléments relevant des aspects relationnels (39 %) : 15 % des réponses concernent « les relations avec les clients », 12 % « la considération et le respect », 9 % « l’ambiance », et 3 % « les relations avec les fournisseurs ».

En revanche, les enjeux concernant la santé financière de l’entreprise sont volontiers pris en compte (36 %) : 21 % des réponses concernent la « croissance de l’activité » et 15 % la « rentabilité », ce qui apparaît compréhensible après les difficultés économiques et financières vécues par un grand nombre d’entreprises en 2009.

Ces résultats font écho, de manière statistique et collective, au malaise et au mal-être exprimés individuellement par des salariés travaillant au sein de grandes entreprises françaises.

Deux registres d’interprétations permettent de comprendre ces résultats concernant les cadres français :

  • Le premier, au sortir de la crise financière et économique, constitue une aspiration à un nouveau modèle de l’entreprise (voire à un nouveau modèle de société), qui place l’homme au centre des choses, et réduise l’importance accordée à la finance. Dans le contexte des excès de rémunérations qui ont été dénoncés, les cadres aspireraient à un monde qui « revienne à l’essentiel » et privilégie les valeurs humaines sur l’argent ;
  • Le second registre est d’une certaine manière moins noble, mais tout aussi compréhensible. Alors que le taux de chômage continue de progresser, il désigne la difficulté des cadres à exprimer des revendications salariales prioritaires. L’expérience pratique des difficultés vécues par les entreprises en 2009, puis les suppressions ou non-reconductions de postes connues aujourd’hui, brident les témérités en matière de revendications salariales.

 

Entre aspirations à un nouveau modèle de l’entreprise et contraintes très pragmatiques, les cadres sont animés par des motivations différentes mais convergentes quant à leurs résultats. Et il serait probablement préjudiciable de négliger, particulièrement dans le contexte actuel, ces idéaux plus qualitatifs que quantitatifs.

Retrouvez l'intégralité du sondage (document ppt)

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