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Voltaire, Flaubert et Shakespeare en quelques "gazouillis"

Alexander Aciman et Emmett Rensin, deux étudiants américains de Chicago, ont résumé des chefs d'œuvre et des best-sellers de la littérature mondiale en "tweets", soit pas plus de 140 signes. "Twittérature", l'ouvrage qui en découle, sort en France.

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Un étudiant américain du nom d'Alexander Aciman a décidé d'occuper ses soirées monotones d'hiver à Chicago en résumant - avec son copain de fac, Emmett Rensin - des chefs d'œuvre et des best-sellers de la littérature qu'ils avaient à portée de main. Avec une contrainte : écrire en format Twitter, soit 140 signes maximum par "tweet", et de 20 "tweets" maximum par ouvrage. Tous ces condensés réunis, cela donne un livre de 240 pages intitulé : "Twittérature"*.

L'auteur de 19 ans en convient sur France 24 : "Il ne s'agit pas d'un mouvement littéraire". Au cas où le doute existait... Le résumé de "Crime et Châtiment" de Dostoïevsky commence donc ainsi : "D'être si pauvre, ça devient un peu la routine. J'ai besoin de quelque chose pour m'éclairer l'existence, un truc excitant... ". Puis : "J'ai pigé. Au lieu d'accepter l'aide financière de mon ami, je vais tuer une vieille usurière de sang-froid. Pourquoi ? Vous le dirai pas." Et encore : "Vraiment, vous le dirai pas. Sans doute en rapport avec ce plumitif de Tourgueniev et ces conneries nihilistes branchées, mais je me tais". Plus loin : "Désolé de cette diatribe. Vais tâcher d'abréger au maximum sur les monologues introspectifs".

Madame Bovary, de Gustave Flaubert ? En voici la quintessence "twittesque" : "Vous savez ce qui me branche ? Envoyer des lettres cochonnes à mon amant, et que mon mari puisse les voir. C'est risqué, mais c'est chaud". Puis : "C'est ça : je vais quitter mon époux pour mon amant". Et encore : "Ma vie est épouvantable. Envie de shopping. Envie d'acheter un tas de trucs sur ma carte de crédit, et de pointer au surendettement".

"Je ne suis pas Stendhal"

Faut-il être sacrément gonflé pour parodier ainsi Homère et Shakespeare ? "Non, c'est comme quand je me bats avec mon petit frère : ce sont ceux que l'on aime le plus au monde dont on se moque", répond Alexander Aciman d'une voix timide. "C'est facile de se moquer de Stendhal parce que je l'aime. Mais je ne suis pas Stendhal". Voilà qui est clairvoyant.

Erik Orsenna, de l'Académie française, est (presque) charmé. "Peu à peu, malgré vous, bien malgré vous, le sentiment vous vient que ces textes trahissent moins qu'il y paraît les livres qu'ils 'résument'", écrit-il dans la préface de la version française du livre. "Ayant, de cette manière pour le moins étrange, apprivoisé la littérature, ayant découvert que les chefs-d'oeuvre parlent de nous et par suite nous aident à vivre, vos enfants, peut-être, un jour, daigneront se plonger dans les 'vrais' livres."

Un conseil tout de même : si le livre prend toute sa saveur et sa pétulance, c'est bien en langue anglaise. La traduction d'un texte Twitter déformant, c'est un peu la distorsion de trop.

 

*"Twittérature", d'Alexander Aciman et Emmett Rensin, éditions Saint-Simon, 13 euros.

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