FRANCE

Les agriculteurs en colère déferlent sur Paris en tracteur

Près de 1 500 agriculteurs, céréaliers en tête, manifestent dans la capitale française au volant de leurs tracteurs. Ils dénoncent la baisse de leurs revenus et demandent un retour à la régulation du marché par l'Union européenne (UE).

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Ils sont fauchés comme les blés... Et ont donc décidé de se mobiliser et de faire défiler leurs tracteurs à Paris pour dénoncer "l'année noire" qui menace les producteurs du secteur des grandes cultures. A l'appel des Fédérations régionales des syndicats d'exploitants agricoles (FRSEA) de 14 régions, quelque 5 000 agriculteurs se sont donné rendez-vous ce mardi matin. Les producteurs de céréales doivent mener la marche, aux côtés de producteurs de colza ou de tournesols.

Principale difficulté, l'effondrement des marchés. L'an dernier, la filière céréalière a ainsi vu ses revenus baisser de 51 %, le cours des céréales chutant de 24 %. "Il n'y a eu aucun incident climatique majeur depuis deux ans et par conséquent la production a été forte", explique Éric Thirouin, agriculteur en Eure-et-Loire et secrétaire général de la FRSEA Centre et Bassin parisien.

Soutenir l'exportation et alléger les charges

Aujourd'hui, le secteur réclame un panel de mesures à court terme pour soulager les exploitants et "redonner un peu de souffle au marché". "Il faut que tous les mécanismes possibles soient mis en place pour que l'on puisse exporter nos céréales et que nos silots ne soient pas pleins au moment de la prochaine récolte, affirme Éric Thirouin. Pour l'instant, il n'y a aucun soutien à l'exportation. Des aides doivent être versées en décembre ; on souhaitent qu'elles soient payées en octobre."

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Nicolas Germain au cœur de la manifestation :

Si la chute des cours est partagée par l'essentiel des pays européens, les producteurs français dénoncent également le poids des charges, croissant, et réclament leur allègement. "Un Français sans revenu a droit à la couverture maladie universelle ; un agriculteur en déficit doit lui payer 770 euros par an pour sa sécurité sociale. Il y a aussi des mesures, découlant du Grenelle de l'environnement, qui sont très chères à mettre place, énumère Éric Thirouin. Lorsqu'il n'y a pas de haies ou d'arbres sur nos exploitations par exemple, nous devons 'créer' des bois... Nous sommes dans l'incapacité de payer. Toutes ces taxes franco-françaises sont une véritable distorsion à la concurrence."

Au lendemain de cette manifestation, le commissaire européen à l'Agriculture, Dacian Ciolos, doit être auditionné au Sénat. Les producteurs espèrent peser sur les autorités françaises pour que celles-ci alertent l'Union européenne. Ils dénoncent en effet les orientations de la Politique agricole commune (PAC) décidée à Bruxelles. "Depuis 5 ans, l'Europe a décidé d'arrêter toute régulation du marché, juge Éric Thirouin. Comme les prix ne peuvent pas faire le yoyo dans les supermarchés, ils le font dans nos exploitations. On ne peut pas tenir avec de telles variations des prix. La rentabilité d'un quintal de blé était traditionnellement de 130 euros. Là, en 3 ans, elle est montée à 200 euros, puis redescendue à 130. Cette année, elle avoisine les 90 euros."

L'an dernier, Michel Barnier, alors ministre de l'Agriculture, a décidé de redistribuer, à

partir de 2010, une partie des aides aux producteurs de grandes cultures vers d'autres secteurs plus défavorisés.

Vivre à crédit

Résultat, les exploitants se disent exsangues. Un sentiment partagé par l'ensemble du secteur agricole qui a vu ses revenus diminuer de plus d'un tiers en moyenne en 2009, après une baisse de 20 % en 2008. Les producteurs laitiers ont notamment manifesté à plusieurs reprises ces derniers mois. Le suicide d'un agriculteur de la vallée de l'Aude, début avril, est un nouveau signe du mal-être de la profession. Le taux de suicide chez les quelque 600 000 agriculteurs français serait d'ailleurs plus élevé de 60 à 80 % que dans les autres catégories professionnelles, selon une étude de l'Institut de veille sanitaire et sociale de 1999.

"En Eure-et-Loire, il y a 3 000 exploitants, raconte Éric Thirouin. C'est comme si une grande entreprise automobile, qui employait 3 000 salariés, était en déficit de 40 millions d'euros, et que ces employés ne touchaient aucun salaire pendant un an. Nous n'avons pas d'autre solution que de vivre à crédit. Le gouvernement ne réagit pas. C'est pour cela que nous sommes obligés de mener une action spectaculaire. Pour obliger les autorités à réagir."

Un millier de tracteurs doivent donc se rassembler mardi matin place de la Nation. Les organisateurs ont choisi de mener cette opération pendant les vacances scolaires des Parisiens, pour tenter de limiter la gêne occasionnée.

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