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"Tous les tracteurs qui sont ici appartiennent aux banques"

Près de 10 000 agriculteurs - dont plus d'un millier au volant de leurs tracteurs - défilent dans les rues de Paris pour dénoncer la chute de leurs revenus. Ils réclament une régulation des prix par l'Union européenne. Reportage.

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La journée va être longue. Ils sont partis à 3 ou 4 heures ce matin et ont fait des pointes à 30 km/heure sur l'autoroute pour arriver à Paris en milieu de matinée. Place de la Nation, Bastille, République... Un interminable cortège de tracteurs - plus de 1 500 selon les organisateurs - et près de 10 000 agriculteurs battent le pavé de la capitale française. Une première.

"Aujourd'hui, c'est une manifestation pour l'avenir"

Objectif de ces agriculteurs : dénoncer la baisse drastique de leurs revenus - plus de 50 % dans la filière céréalière en 2009 - et la hausse des charges. "On ne peut pas vivre de notre produit, tout simplement, indique Yves, 44 ans, producteur de céréales et de colza dans la Marne (nord-est). On a un coût de production de blé de 150 euros par tonne et on la vend 100 euros. Il y a des compensations de Bruxelles, mais qui régressent régulièrement. Tous les tracteurs qui sont ici appartiennent aux banques, au Crédit agricole essentiellement. Un tracteur vaut 50 000 euros, et quand on a fini de le payer, il est foutu."

La manifestation réunit en majorité des producteurs de "grandes cultures", dont les céréaliers forment le gros des troupes. Quatorze régions ont répondu présentes à l'appel des Fédérations régionales des syndicats d'exploitants agricoles (FRSEA).

"Nous ne sommes pas des spéculateurs"

Paul et Angélique, jeune couple venu d'Indre-et-Loire, espèrent s'installer un jour à leur compte. Mais pour l'instant, pour eux aussi, les fins de mois sont difficiles. Paul est salarié dans une exploitation. "On n'arrive pas à tirer un salaire de nos exploitations, c'est catastrophique, constate-t-il. J'aimerais m'installer mais je me pose beaucoup de questions. Si c'est pour emprunter de l'argent, ne pas pouvoir vivre et ne jamais pouvoir rembourser mes emprunts...Est-ce que ça vaut le coup ? C'est pourtant un métier qui me plaît, mais on commence à être dégoûté par ce qui se passe."

"La solution est dans les mains de Bruxelles"

Les agriculteurs attendent des mesures concrètes et immédiates du gouvernement, notamment un allègement des charges qui pèsent sur leurs exploitations. Mais au-delà de la France, c'est bien à l'Union européenne qu'ils entendent faire passer le message. "La solution est dans les mains de l'État et de Bruxelles, aquiesce Jean-Philippe, producteur céréalier près de Meaux, à l'est de Paris. Il faut qu'on arrive à stabiliser les prix, à un niveau moyen mais régulier."

"Nous voulons supprimer les subventions, ce système est complètement absurde, renchérit Yves. On demande une régulation des prix, on veut que le prix corresponde à ce que vaut le produit. Nous pouvons pas supporter de telles variations. Certes, en 2007 le cours est monté à 200 euros. Nous avons alors fait des investissements énormes, mais pas pour partir en vacances, pour notre travail ! Puis du jour au lendemain les prix chutent et nous devons supporter l'investissement. Nous ne sommes pas des traders, des spéculateurs. Nous sommes des gens de la terre."

"Nous ne sommes pas des spéculateurs"

Le ministre de l'Agriculture, Bruno Le Maire, assure aujourd'hui comprendre la "souffrance" des agriculteurs. Il affirme être intervenu auprès de la Commission européenne lundi pour qu'elle prenne des mesures en faveur d'une hausse des prix des céréales. "La France a besoin de ses agriculteurs, et nous allons tout faire dans les prochains mois pour bâtir un système qui leur permette d'avoir un revenu stable, un revenu décent", assène-t-il. Il doit recevoir demain à Paris le commissaire européen à l'Agriculture, Dacian Ciolos.

 

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