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Les Arméniens, une communauté qui a su se fondre dans la mosaïque libanaise

La diaspora arménienne établie au Liban s’est massivement mobilisée pour commémorer le 95e anniversaire du génocide arménien. L’occasion de se pencher sur une communauté très engagée dans la vie politique de son pays d’adoption.

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Les Arméniens ont commémoré, le 24avril, le 95e anniversaire du génocide perpétré par les Ottomans. D’Erevan à Paris, en passant par le Canada et la Californie, la diaspora arménienne s’est mobilisée. Celle du Liban a massivement participé à des marches et des célébrations religieuses. Attachés à leurs racines, les descendants des Arméniens qui ont trouvé refuge au Liban à partir de 1915 se sont pourtant fondus dans la société libanaise.

Députés et ministres

"À peine remis de leur déportation, les Arméniens ont mis un point d’honneur à participer au développement économique et culturel du Liban en signe de reconnaissance", explique Jean Salmanian, docteur en littérature arabe, libanais d’origine arménienne. "Se considérant comme citoyens libanais à part entière, ils jouent un rôle important en politique, et ce depuis l’indépendance du pays en 1943", précise t-il. Basé sur le confessionnalisme, l’usage politique libanais réserve le poste de chef de l’État aux chrétiens maronites et le poste de Premier ministre aux musulmans sunnites. Cet usage attribue de facto six sièges de députés aux Arméniens ainsi que deux maroquins ministériels. Cet engagement dans la vie politique distingue la diaspora au Liban des autres diasporas arméniennes.

"Le communautarisme en vigueur au Liban a permis aux Arméniens de se fondre aisément dans la mosaïque formée par le peuple libanais", souligne Claude Mutafian, docteur en histoire, Français d’origine arménienne. Autre signe de son intégration, la population arménienne, estimée à 140 000 personnes, est reconnue par l’État libanais comme l’une des sept principales communautés sur les dix-huit que compte le pays. Sa présence se manifeste également au sein de la fonction publique et de l’armée. "L’identité orientale des Arméniens et l’accueil bienveillant qu’ils ont reçu de la part des populations de la région après le génocide de 1915 ont facilité leur adaptation", poursuit l’historien.

Neutralité constructive

Les élus d'origine arménienne, bien qu'attachés à la patrie de leurs ancêtres, ne voient pas de conflit d'intérêt avec leur fonction au Liban. "Il n’y a pas de contradiction entre mes racines arméniennes, auxquelles je suis très attaché, et ma citoyenneté libanaise", affirme le député libanais d’origine arménienne Hagop Pakradounian. "Je suis un élu du peuple, je travaille exclusivement pour ses intérêts et ceux du pays", poursuit le leader du Tachnag, le principal parti politique arménien du Liban.

Soupçonnés à leur arrivée d’être venus "renforcer les rangs chrétiens" dans un État multiconfessionnel, les partis arméniens ont opté pour "une neutralité constructive", affirme Hagop Pakradounian. L’objectif de la communauté "était de favoriser le dialogue en jouant le rôle de pont entre les différentes parties ", explique Jean Salmanian. "Ayant déjà perdu un pays et sachant ce que cela signifie, il s’agissait d’œuvrer pour préserver l’unité du Liban", poursuit-il.

Fidèles à ce principe, les Arméniens se targuent d’être la seule communauté libanaise à ne pas avoir participé à la guerre civile qui a sévit entre 1975 et 1990. "Un choix qui nous a valu des inimitiés et qui, outre les victimes civiles, nous a coûté cher démographiquement et économiquement, puisque le conflit a poussé plusieurs dizaines de milliers d’Arméniens du Liban à émigrer", explique Hagop Pakradounian. Un nouvel exode qui a eu pour conséquence "de réduire le poids des électeurs arméniens", déplore le député de la région du Metn.

La cause arménienne

À l’instar du pays, les partis politiques arméniens sont aujourd’hui divisés en deux camps. Le plus populaire, le Tachnag, se situe dans le camp de l’opposition, mené par le tandem formé par le Hezbollah et le général Aoun, tandis que le Henchak et le Ramgavar se trouvent dans le camp de la majorité dirigé par le Premier ministre Saad Hariri. Malgré cette division, "leurs idéologies se rejoignent dès qu’il s’agit de la cause arménienne", explique Claude Mutafian. Une unité qui s’est vérifiée lors du rejet unanime de la signature en octobre dernier de protocoles prévoyant l’établissement de relations diplomatiques entre la Turquie et l’Arménie. Erevan a depuis gelé la ratification de ces accords.

En effet, malgré son sentiment d’appartenance à la nation libanaise, la diaspora reconnait une affection particulière pour l’Arménie. Elle revendique "son entêtement légitime à faire reconnaître la question du génocide perpétré par les Turcs, tout en respectant les intérêts diplomatiques et économiques du Liban", conclut Hagop Pakradounian.

 

Crédit photo : Ashnag

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