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"Le plan d'aide entraînera une hausse du déficit de la Grèce"

Professeur des universités en sciences économiques, ouvertement libéral, Jean-Jacques Rosa analyse les aboutissants du plan de stabilisation lancé par l'Union européenne. Selon lui, le salut de la Grèce passe par une sortie de la zone euro.

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France24.com - Alors que ce lundi, l’euphorie prédomine sur les marchés financiers après l’annonce du plan de stabilisation de l’Union européenne (UE), certains spécialistes estiment qu’il ne servira finalement qu’à "acheter du temps" sans résoudre les questions fondamentales qui se posent à l’Europe. Est-ce une analyse que vous partagez ?

Jean-Jacques Rosa - J’y souscris complètement. Les meilleurs connaisseurs de la situation de la Grèce estiment que ce plan lui offrira tout au plus un sursis jusqu’en 2012. Mais rien n’a changé sur le fond. L’absence de compétitivité de l’économie grecque sera toujours présente. Le plus grave problème, c’est que le maintien de la Grèce dans la zone euro l’oblige à subir un plan d’austérité drastique qui va aggraver la récession dans le pays. D’un côté, les recettes fiscales vont chuter. De l’autre, les dépenses sociales vont augmenter. Le résultat, ce sera une hausse de son déficit.

 

F24 - Certains économistes parmi les plus europhiles, Joseph Stiglitz en tête, reconnaissent aujourd’hui que l’on assiste peut-être à la fin de l’euro. C’est un scénario envisageable ?

J.-J. R. - Pas nécessairement. À terme, l’hypothèse la plus plausible est celle de voir la Grèce sortir de l’euro. Une sortie qui pourrait même être suivie de celles du Portugal, de l’Italie et de l’Espagne. C’est la seule solution pour qu’une monnaie européenne subsiste, mais dans un périmètre restreint.

Les différences de taux d’inflation entre la Grèce, l’Espagne ou le Portugal d’un coté, et l’Allemagne et d’autres pays de la zone de l’autre, continueront de saper la compétitivité à l’exportation des pays du Sud. Avec une seule monnaie, donc sans dévaluation possible, c’est la recette d’une stagnation durable de la croissance pour ces pays. Par le passé, l’Italie, par exemple, dévaluait périodiquement sa monnaie face au Deutsche Mark pour maintenir sa compétitivité économique. Et elle obtenait ainsi une croissance aussi forte que celle de l’Allemagne.

Certains pays de la zone euro ont cependant des taux d’inflation assez voisins pour partager un même espace monétaire. C’est le cas, notamment, de l’Allemagne et de quelques-uns de ses voisins. Pour eux, la zone euro pourrait éventuellement subsister.

 

F24 - La pérennité de la zone euro ne se situe-t-elle pas finalement dans l’adoption d’une "union budgétaire complète", par exemple à travers la création d’un ministère des Finances globalisé ?

J.-J. R. - C’est une autre solution, techniquement concevable, mais la probabilité politique de son adoption me semble aujourd’hui très faible. Elle consiste à créer un amortisseur fiscal centralisé pour compenser la perte d’une politique monétaire indépendante. Mais il faut bien voir qu’elle reviendrait à créer une forme d’État fédéral, avec des charges fiscales supplémentaires qui viendraient inévitablement s’ajouter à celles, déjà trop lourdes, qui existent au niveau national. Ce serait catastrophique pour la croissance.

La seule solution réelle aurait été que la Grèce reconnaisse qu’elle n’était pas en mesure de rembourser sa dette et qu’elle sorte de la zone euro pour dévaluer et retrouver des perspectives de compétitivité. Il faudra bien y venir.

 

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