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L'enquête sur l'attentat de Karachi engluée dans la politique

La mort, en 2002, de 11 Français dans un attentat à Karachi reste à ce jour un mystère. Alors qu'une mission d’information parlementaire vient de rendre un rapport sur la question, retour sur une affaire sulfureuse.

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Le 8 mai 2002, 14 personnes dont 11 employés français de la Direction des constructions navales (DCN), une entreprise publique qui avait signé un contrat d'armement avec Islamabad, périssent dans un attentat à Karachi, la grande ville portuaire du sud du Pakistan.

Moins d’un an après les attentats du 11-Septembre, les soupçons se portent d'abord naturellement sur la piste islamiste. L’enquête, initialement confiée au magistrat antiterroriste Jean-Louis Bruguière, est toujours en cours.

Mais l’instruction n’avance pas. Un rapport interne de la DCN, rédigé en 2002 mais versé au dossier en 2008, avance une nouvelle explication. Le responsable de l’attentat serait à chercher du côté des récipiendaires des commissions versées par l’entreprise au Pakistan.

En effet, la DCN est à Karachi pour construire deux des trois sous-marins Agosta vendus par la France au Pakistan. Le contrat s’accompagne de substantielles enveloppes versées à des intermédiaires (près de 100 millions d’euros).

Mais ces commissions, légales à la signature du contrat, sont interdites sur ordre de l’Élysée en 1995. Les cadres de l’entreprise navale soupçonnent Jacques Chirac de chercher à "assécher les réseaux de financement" de son rival malheureux à la présidentielle de 1995, Édouard Balladur. L’arrêt du versement des commissions aurait motivé l’attentat.

Cette hypothèse, jugée "cruellement logique" par les juges antiterroristes Yves Jannier et Marc Trévidic, en charge de l’enquête depuis 2009, se heurte à l’opacité des politiques. Bernard Cazeneuve, le rapporteur de la mission d’enquête parlementaire sur l'attentat de Karachi, qui a rendu ses conclusions le 12 mai après 6 mois de travail, a d’ailleurs dénoncé l’attitude du gouvernement, affirmant n'avoir "jamais" rencontré "autant de difficultés" pour mener à bien son travail.

 

Chronologie de l’affaire :

21 septembre 1994 : La Direction des constructions navales (DCN) vend trois sous-marins Agosta au Pakistan.

1996 : Cessation du paiement des commissions versées par le gouvernement français à des intermédiaires français et pakistanais.

8 mai 2002 : Attentat de Karachi. 14 personnes, dont 11 Français travaillant pour la DCN, meurent dans l’explosion d’un autobus.

Fin 2002 : Alors que l’enquête s’oriente d’abord sur la piste islamiste, un rapport interne de la DCN émet l’hypothèse de représailles pakistanaises après la cessation des commissions. Le rapport est versé au dossier judiciaire en 2008.

Avril 2009 : Une mission parlementaire auditionne Édouard Balladur. Ce dernier nie formellement son implication dans l’attribution des commissions liées au contrat.

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