LEGISLATIVES BELGES

Victoire historique des indépendantistes flamands

Les résultats des législatives belges placent le parti indépendantiste flamand N-VA de Bart De Wever (photo) en tête en Flandre. Un résultat qui risque d'aggraver la crise politique.

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AFP- Les élections législatives belges de dimanche ont débouché sur un triomphe des indépendantistes en Flandre, ce qui constitue un séisme politique pour le pays et pourrait contraindre les francophones à accepter l'autonomie accrue réclamée par les néerlandophones.

Le parti N-VA (Nouvelle Alliance flamande) a obtenu 29,5% des voix dans la région néerlandophone du nord du pays où vit la majorité (60%) des 10,5 millions de Belges, selon des résultats partiels portant sur un peu plus de 50% des suffrages, publiés vers 18H00 GMT.

Ce score est sans précédent. Jamais un mouvement prônant l'indépendance de la Flandre n'avait remporté un scrutin législatif fédéral. Le meilleur résultat à ce jour avait été obtenu en 1971 par la Volksunie avec quelque 19%.

En Flandre, la N-VA devance nettement le parti chrétien-démocrate (CD&V) de l'actuel Premier ministre Yves Leterme, qui ne recueille que 18,3% des suffrages, selon ces résultats partiels, puis les socialistes et les libéraux.

"Ce sont des résultats extraordinaires", a clamé le chef de file du mouvement, Bart De Wever, 39 ans, accueilli en héros par ses partisans.

Il a appelé au "changement" en Belgique avec une réforme des institutions visant à donner une autonomie accrue à la Flandre dans le domaine économique et social, tout en cherchant à rassurer ceux que son programme inquiète, en Belgique et à l'étranger.

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Portrait de Bart de Wever, chef de file du parti indépendantiste NVA

M. De Wever a affirmé que l'indépendance de la Flandre n'était pas sa revendication immédiate, même s'il n'exclut pas que le pays disparaisse au profit des régions qui le composent aujourd'hui et de l'Union européenne.

En additionnant les voix de la N-VA, du parti d'extrême droite Vlaams Belang (12,5%) et d'un parti populiste --la Liste De Decker créditée de 3,7%--, les partis prônant d'une manière ou d'une autre l'indépendance de la Flandre représentent près de 46% de l'électorat flamand.

De quoi compliquer un peu plus la recherche dans un premier temps d'une nouvelle coalition gouvernementale belge entre partis flamands et francophones, puis surtout d'un compromis sur les revendications institutionnelles des néerlandophones. Les négociations en ce sens, qui débuteront lundi, pourraient durer des mois, alors que la Belgique prend en juillet la présidence tournante de l'UE.

Le triomphe des nationalistes flamands crée "une situation qui sera problématique pour le pays", a estimé le président du Parti libéral francophone, Didier Reynders.

Du côté de l'électorat francophone, qui a voté de manière distincte en raison de la division électorale du pays, le Parti socialiste (PS) arrive largement en tête, avec un total cumulé de 36% des voix en Wallonie (sud) et à Bruxelles, ville enclavée en Flandre mais très majoritairement francophone, selon les projections de la chaîne VRT.

Il devance le Parti libéral, le Parti centriste et les écologistes avec 14%, selon cette projection.

Paradoxalement, la victoire de la NVA en Flandre pourrait aboutir à ce que pour la première fois depuis les années 1970 le Premier ministre belge soit un francophone, socialiste de surcroît, en l'occurrence le vainqueur chez les francophones: le chef du PS, Elio Di Rupo, qui a implicitement fait acte de candidature dimanche soir.

Le leader de la N-VA a confirmé dimanche ne pas vouloir diriger le gouvernement fédéral. Et les autres partis flamands, après s'être cassé les dents à plusieurs reprises, sont tentés cette fois de laisser un francophone aux commandes. D'autant que M. Di Rupo est plus ouvert à un compromis.

Ce dernier a reconnu dimanche que les électeurs flamands avaient envoyé un "signal fort" en faveur d'une plus grande autonomie régionale. "Ce message doit être entendu", a-t-il dit, en appelant les francophones à "avoir le courage de conclure un accord".

 

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