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CINÉMA

"Dog Pound", immersion dans la fourrière d’une prison juvénile

Texte par : Daphné SEGRETAIN
4 min

Avec ce deuxième long-métrage, Kim Chapiron propose une chronique carcérale choc dans un univers où violence et adolescence cohabitent. Rencontre avec le cinéaste, récent lauréat du Festival du cinéma de Tribeca, à New York.

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Quatre ans après "Sheitan", le réalisateur issu du collectif Kourtrajme impressionne avec un deuxième film qui fait pénétrer sans détour le spectateur dans l'enfer de l'univers carcéral. "Dog Pound" s'immisce dans une prison pour mineurs en suivant Butch, 17 ans, Angel, 15 ans, et Davis, 16 ans - trois jeunes qui, pour survivre dans le centre de détention d’Enola Vale, doivent choisir leur camp : victimes ou bourreaux. Loin des clichés sur les prisons où les Chicanos et les gangs de Jamaïcains s’affrontent, Kim Chapiron a souhaité "placer [son] émotion ailleurs", sur  les "white trash", cette population américaine blanche et déshéritée.

L'image lumineuse et la caméra au plus près des acteurs emportent le spectateur dans les couloirs de cette prison d'où l'on ne sort qu'à la fin du film. Quelques scènes de bagarres, aussi violentes qu'il est possible de les faire, souvent filmées en gros plan, alternent avec d'autre plus intimes et apaisées. Les échanges entre les détenus, parfois musclés et gonflés de haine, peuvent aussi être sincères et délicats. En contrepoint, la musique de balmorhea - doux mélange de folk et de country - rompt avec la dureté d'une scène souvent prise de plein fouet.

Une fiction empreinte de réalisme

Si le réalisateur d’à peine 30 ans définit son film comme "une pure fiction" - librement inspirée du "Scum" d’Alan Clarke (1979), à qui il rend largement hommage - il a pourtant cherché à obtenir un maximum de réalisme. Kim Chapiron et son coscénariste, Jérémie Delon, ont passé près d'un an à écumer les centres pénitentiaires pour mineurs du Midwest des États-Unis où ils ont passé du temps avec ces jeunes délinquants "gonflés à bloc de testostérone", qui déambulent entre les cellules comme des coqs en liberté. Entre enquête journalistique et écriture de fiction, Chapiron dresse "le triste constat que, 30 ans plus tard avec la même histoire, les mêmes personnages, rien n’a changé à notre époque".

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Un casting sur le terrain

Des scènes d’émeutes dignes de Fleury-Mérogis et des rapports entre matons et taulards à faire froid dans le dos… Au plus près des détenus du centre d'Enola Vale, le spectateur vit 1h30 de film comme s'il était l'un de leur codétenus. Acteur ou prisonnier ? On s’y perd parfois, et pour cause : presque tous les seconds rôles et la figuration sont tenus par d’authentiques enfants des rues que le coscénariste a réussi à convaincre de jouer dans le film, au fil des rencontres avec des gangs du Nouveau Brunswick, la province canadienne où le tournage a eu lieu.

D’autres personnages incarnent, en quelques sortes, leur propre rôle comme Banks, la brute qui fait régner sa loi dans la prison. Le cinéaste a rencontré Taylor Poulin dans un centre pénitentiaire pour mineurs où l’équipe du film organisait des ateliers-théâtre. Au fil des séances, le jeune homme de 16 ans a fait comprendre à Chapiron que le personnage lui correspondait, le rôle fût donc pour lui. Au hasard des rencontres, plusieurs scènes se sont invitées dans le film.

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Quand la fiction rattrape la réalité

Au milieu de ces véritables jeunes délinquants, dont certains purgent des peines de prison, Kim Chapiron a parachuté une poignée de jeunes talents à qui il a confié les premiers rôles. Ainsi, Lawrence Bayne incarne Goodyear, un gardien aussi autoritaire que fragile. Audacieuse, l’équipe du film n’a pas hésité à sortir Shane Kippel de son registre pour le mettre dans une prison ; la star de la série canadienne à succès "Degrassi : nouvelle génération" interprète le personnage de Davis, enfermé pour trafic de stupéfiants. Quant au rôle principal, Butch, "un personnage jusqu’au-boutiste qui n’a plus rien à perdre et porte en lui une violence intrinsèque", il est endossé par Adam Butcher, un autre comédien habitué des séries télévisées ("Regenesis", "Derek") ou des comédies dramatiques grand public ("Ralph", 2005). Le jeune homme de 22 ans, qui tourne en ce moment une série produite par Spielberg, "Fallen Skies", est si bien entré dans son personnage qu'il s'est attiré par deux fois des ennuis avec la police.
 

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Pas de message, ni de morale à livrer et loin du brûlot, Kim Chapiron témoigne. Un véritable coup de poing, à l'affiche en ce moment en France.

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