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GUINÉE

"Jetons-nous à l'eau et apprenons à nager !"

Rabiatou Serah Diallo est la présidente du Conseil national de transition guinéen (CNT). À la veille de la première présidentielle libre et transparente organisée dans le pays, elle revient sur le déroulement de la campagne et les enjeux du scrutin.

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, envoyé spécial à Conakry, Guinée

Depuis qu’elle est devenue secrétaire générale de la Confédération nationale des travailleurs de Guinée (CNTG) il y a dix ans, tous les Guinéens connaissent Rabiatou Serah Diallo.

La communauté internationale a, elle, découvert son boubou et la camisole qu’elle porte sur la tête début 2007. Pasionaria de la contestation déclenchée alors contre le régime du président Lansana Conté, Rabiatou Serah Diallo devient alors la première femme à faire plier le "général-paysan". Après plusieurs semaines d’une violente grève générale, le mouvement qu’elle conduit impose au vieil autocrate la nomination d’un Premier ministre de consensus.

Depuis, Rabiatou Serah Diallo est considérée comme la figure de proue des démocrates guinéens. Et sa nomination le 8 février à la tête du Conseil national de transition (CNT) - chargé de "toiletter" la Loi fondamentale et de réviser le code électoral pour ramener la Guinée à l’ordre constitutionnel – n’a surpris personne. Entretien.
 


 

France24.com - Vingt-quatre candidats s’apprêtent à en découdre lors du premier tour de la présidentielle. N’est-ce pas trop ?

Rabiatou Serah Diallo - Bien sûr que c'est trop, et il aurait pu y en avoir moins. Moi-même, j’ai dit qu’il serait souhaitable que les leaders politiques s’arrangent pour trouver une solution à cela. Mais aujourd’hui, la campagne est terminée, alors prenons le bon côté des choses : cette affluence prouve aussi qu’il y a un engouement pour le processus destiné à sortir le pays de la crise. On ne peut pas en outre empêcher les hommes politiques guinéens de vouloir apporter le bonheur à leur pays, ni d’avoir chacun une façon de l’y conduire. C’est aussi ça la démocratie.

 

F24 - Vous vous êtes beaucoup impliquée pour que le scrutin se tienne à la date prévue, malgré d’éventuelles imperfections. N’est-ce pas prendre le risque qu’il se déroule dans de mauvaises conditions ?

R. S. D.  - Il n’y a aucun risque, et nous avons demandé que cette date soit respectée pour plusieurs raisons. La première, c’est que le Conseil national de la transition (CNT) avait fini sa part de travail : la mise au point d’un nouveau code électoral et d’une nouvelle Constitution.

Ensuite, le scrutin a déjà été reporté à deux reprises. On ne peut pas le retarder éternellement. Si on l’avait reporté une nouvelle fois, je pense que nous nous serions retrouvés dans la même situation que d’autres pays de la sous-région. De report en report, il finit souvent par ne plus y avoir d’élection….

Enfin, pour la première fois en Guinée, nous avons la chance d’avoir un dirigeant neutre et de bonne foi. Il fallait donc l’aider à respecter ses engagements. Certes, tout ne sera pas parfait. Mais jetons-nous à l’eau et apprenons à nager ! Petit à petit, nous nous perfectionnerons.

 

F24 - Craignez-vous des violences au lendemain du premier tour ?

R. S. D. - Cela dépendra de l’engagement des candidats. L’incident de jeudi entre les cortèges de Cellou Dalein Diallo (UFDG) et de Sidya Touré (UFR) [une personne au moins a été tuée et une vingtaine blessées lorsque des violences ont opposé les supporters de l’UFDG à ceux de l’UFR dans la localité de Coyah, NDLR] n’émane pas de leur volonté respective. Vous savez bien que, dans une famille, un enfant ne répond pas toujours aux injonctions de ses parents. Le changement que nous réclamons, c’est justement un changement de mentalité.

 

F24 - Quelles garanties avez-vous qu’il n’y aura pas un nouveau coup d’État au lendemain de l’élection ?

R. S. D. - Rien ne permet de le garantir et je ne peux pas affirmer à 100 % qu’il n’y a pas de velléités en ce sens. Mais les jalons qui ont été posés me font dire que cela n’arrivera pas, pour la simple raison que l’armée a accepté sa restructuration et qu’elle n’a pas été exclue du processus électoral. Des casernes sont par ailleurs en construction, afin de mieux maîtriser les soldats. Si tout le monde converge dans le même sens, il n’y a pas de raison qu’on ne puisse pas trouver les solutions pour maîtriser une minorité hostile.

 

F24 - Quel sort faut-il réserver, selon vous, à l’ex-chef de la junte, Moussa Dadis Camara ?

R. S. D. - Mes responsabilités ne me permettent pas, aujourd’hui, d’afficher une opinion personnelle sur ce point. Mais Moussa Dadis Camara est guinéen, et les Guinéens veulent un retour à l’ordre constitutionnel. Lors du processus de réconciliation, nous avons dit : "Il faut que justice soit rendue et que ceux qui ont commis des fautes soient punis".

 

F24 - Sur quel dossier le nouveau président devra-t-il se pencher prioritairement ?

R. S. D. - Chaque leader a son programme, et je n’ai pas à lui dicter de priorités. Mais il faut reconstruire et développer ce pays, car il n’est pas pauvre : c’est sa population qui a été appauvrie. Il faut donc que les richesses guinéennes soient mieux partagées et que les conventions dans le secteur minier soient révisées en faveur du pays. Aujourd’hui, tout le monde sait de quoi nous souffrons, et la jeunesse n’entend plus se laisser faire. Il faudra donc lutter contre la gabegie et contre la corruption parce qu’elles ont mis l’économie du pays à genou.

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