AFFAIRE BETTENCOURT

Le tribunal reporte le procès Banier et ordonne un complément d'enquête

Le tribunal de Nanterre a reporté sine die le procès de François-Marie Banier, accusé d'abus de faiblesse sur Liliane Bettencourt, et ordonné une nouvelle enquête tenant compte des enregistrements téléphoniques pirates. Le parquet a fait appel.

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REUTERS - Le procès visant les dons de l'héritière de L'Oréal, Liliane Bettencourt, au photographe François-Marie Banier a été renvoyé sine die jeudi pour permettre un complément d'enquête.

Le parquet a cependant immédiatement bloqué l'ouverture de cette nouvelle enquête en faisant appel de cette décision du tribunal de Nanterre (Hauts-de-Seine). Sa présidente, Isabelle Prévost-Desprez, s'était auto-désignée pour la conduire.

La cour d'appel de Versailles devra trancher ce différend juridique dans un délai d'un mois.

François-Marie Banier, 63 ans, est poursuivi pour "abus de faiblesse" par la fille de la milliardaire, Françoise Meyers-Bettencourt, pour avoir reçu un milliard d'euros de dons
de Liliane Bettencourt entre 2002 et 2007.

Le dossier est devenu, au-delà de ce conflit familial, une affaire politique majeure depuis la publication à la mi-juin d'enregistrements clandestins de Liliane Bettencourt.

Ils ont entraîné des soupçons de complaisance du ministre du Budget en 2009 et trésorier de l'UMP, Eric Woerth, envers les pratiques d'évasion fiscale prêtées à la milliardaire, donatrice du parti de Nicolas Sarkozy.

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Le complément d'enquête doit vérifier l'authenticité des enregistrements réalisés en 2009 par un majordome de la milliardaire et remis au tribunal par Me Olivier Metzner, avocat
de Françoise Meyers, sous forme de 28 CD-Roms.

Isabelle Prévost-Desprez, si sa décision de complément d'enquête est confirmée à Versailles, aura tout pouvoir pour enquêter sur l'éventuel abus de faiblesse de Liliane
Bettencourt, 17e fortune mondiale avec 17 milliards d'euros.

Vifs échanges entre avocats

Cette magistrate, ancienne juge d'instruction, vient de publier un livre sur ses démêlés avec le procureur de Nanterre Philippe Courroye, un proche de Nicolas Sarkozy.

Isabelle Prévost-Desprez pourrait par exemple examiner les comptes bancaires de Liliane Bettencourt. Des témoignages déjà recueillis ont montré que d'importantes sommes en espèces étaient retirées hebdomadairement. Des remises à des tiers étaient consignées dans un cahier conservé par une employée, pièce qui n'est pas encore aux mains de la justice.

Avant cette décision, le tribunal a entendu les arguments des parties et l'audience, très tendue, a été marquée par de vifs échanges verbaux entre avocats.

Me Georges Kiejman, avocat de Liliane Bettencourt, a tendu à l'avocat de Françoise Meyers, Olivier Metzner, un chèque d'un euro signé de la milliardaire, la somme que sa fille demande en dommages et intérêts symboliques à François-Marie Banier.

Me Metzner a aussitôt déchiré le chèque. Me Kiejman s'est plus tard dressé. "Qu'il ne me cherche pas, mon revers du gauche est connu !", a lancé Me Kiejman hors de lui, à Me Metzner.

Me Kiejman a demandé l'arrêt pur et simple du procès et vivement critiqué les enregistrements clandestins. "Liliane Bettencourt a été au centre d'un complot pour
l'humilier, pour lui voler sa dignité", a-t-il dit. Il soutient que Françoise Meyers, qui a déjà en nue-propriété les titres de L'Oréal avec 31% des droits de vote, a des vues sur le reste de la fortune de sa mère.

"Ça m'est égal", écrit Banier à l'audience

Me Metzner l'a contesté. "N'est-ce pas nausébond qu'un homme (François-Marie Banier-NDLR) exploite une femme, profite d'une vieille femme ?", a-t-il demandé au tribunal.

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La querelle des juges

Me Hervé Temime a condamné les enregistrements. "Ces méthodes ont fait que (le procès) est devenu nauséabond et impossible", a dit l'avocat.

Pendant ce temps, François-Marie Banier, costume-cravate, souriait ostensiblement. Il a sorti un grand carton à dessin et s'est mis à croquer les avocats alors qu'ils plaidaient. "Ça m'est égal", pouvait-on lire au-dessus d'un dessin.

Il encourt en théorie jusqu'à trois ans de prison, 375.000 euros d'amende.

Le procureur Marie-Christine Daubigney, qui a demandé sans succès au tribunal d'attendre le résultat de l'enquête visant les auteurs des enregistrements pour juger le dossier Banier, s'est justifié sur une des révélations des CD-Roms.

Oui, a admis la magistrate, le gouvernement avait été informé au préalable par le parquet de Nanterre de la décision de classer sans suite la plainte de Françoise Meyers en 2009.

Mais c'est une procédure normale et il n'y a eu aucun ordre de l'Elysée, a-t-elle dit.

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