Des policiers afghans en cure de désintoxication

Depuis cinq mois, un nouvel hôpital public a ouvert dans la capitale afghane. Il accueille des policiers toxicomanes, envoyés par leurs commandants pour être sevrés de leurs dépendances au haschich, à l'opium ou à l’héroïne... souvent à l'insu de leurs familles.

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"Goal, Goal !", crie Samiullah, le visage émacié, vêtu d’un large pyjama blanc à rayures bleues. Quelques secondes plus tard, les yeux rivés sur l’écran de télévision, c’est la déception. "Il a raté le but, quelle insulte pour son père !" Samiullah regarde la Coupe du monde de football de sa chambre d’hôpital, à Kaboul, où il est traité pour sa dépendance à l’héroïne. Il est policier, comme tous les 16 autres patients en cure de désintoxication avec lui.

Les États-Unis estiment que 10 à 40 % des forces de sécurité afghanes sont toxicomanes. Les autorités ont donc décidé de prendre le problème au sérieux en créant au mois de janvier un centre réservé aux policiers drogués.

"Ils restent au moins vingt jours ici, explique le docteur Abdul Rahman Taniwal. Nous prenons leurs affaires quand ils arrivent, les testons puis les soignons avec des médicaments et la psychothérapie". Deux fois par jour, les médecins rendent visite aux patients dans leurs chambres et distribuent de quoi soulager les douleurs de digestion, les maux de tête, les insomnies liées au manque. Puis les hommes sont réunis autour d’une équipe de travailleurs sociaux. "Il y a de la colère, vous êtes fâchés parfois, mais regardez comme vous allez mieux, par rapport à votre arrivée ! lance Sultan, l’assistant social, levant les bras comme un acteur de théâtre. C’est vrai qu’il y a un manque d’équipement, mais le gouvernement ne peut pas tout faire. Vous devez accepter la souffrance pour retrouver la santé". Les hommes le regardent attentivement, mais réagissent mollement avant de quitter la salle.

De retour dans leurs chambres, où s’entassent uniquement des lits de fer, les policiers sont plus loquaces et dénoncent un traitement qui manque d’efficacité et de dignité. "Ils ne prescrivent pas assez de médicaments, alors que nous avons mal partout et que nous ne pouvons pas dormir. Ils nous jettent ici comme des prisonniers Guantanamo", remarque avec amertume et colère Samiullah, trente-deux ans. Les policiers réunis autour de lui hochent la tête et Amir, son collègue, donne plus de détails : "Ils ferment les portes, on ne peut pas fumer, on n’a que deux repas par jour et on se lave dehors à l’eau froide".

Les policiers n’ont pas non plus l’autorisation de contacter leurs familles. Et dans leur grande majorité, elles ne savent pas où ils se trouvent. Les policiers n’ont jamais osé dire à leurs familles qu’ils étaient drogués. Paradoxalement, la toxicomanie reste un tabou en Afghanistan, le premier pays au monde producteur d’opium et d’héroïne. Le dernier rapport annuel du Bureau des Nations Unies sur les drogues et le crime est d’ailleurs alarmant. Le nombre d’usagers de drogue a augmenté de moitié dans le pays, représentant aujourd’hui 8 % de la population afghane entre 15 et 64 ans. C’est aujourd’hui le taux le plus élevé au monde.

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