FRANCE

La baisse du prix de certaines cigarettes "scandalise" Roselyne Bachelot

Deux fabricants de cigarettes ont décidé de baisser de 20 à 25 centimes d'euro le prix de vente de certains de leurs paquets, ce lundi. En rétorsion, la ministre de la Santé, "scandalisée", va proposer d'augmenter les taxes pesant sur le tabac.

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AFP - Au moment où les effets de la lutte contre le tabagisme marquent le pas, des fabricants ont décidé de baisser le prix de certaines cigarettes, provoquant l'ire des anti-tabac et de la ministre de la Santé Roselyne Bachelot qui veut en retour augmenter les taxes.

Dès lundi, certains paquets de Rothmans et de Lucky Strike (groupe British American Tobacco) ont baissé de 20 centimes à 5,30 euros et des paquets de tabac à rouler Drum (groupe britannique Imperial Tobacco) sont passés à 6,65 au lieu de 7 euros. Rothmans et Lucky Strike, en perte de vitesse en France, représentent moins de 4% des ventes de cigarettes dans l'Hexagone.

En revanche, le prix de plusieurs marques de cigares a augmenté, dont certains Bogart (11 à 11,50 euros) ou certains Roll's (4,50 à 4,70 euros), selon un arrêté paru dimanche au Journal Officiel.

La ministre de la Santé Roselyne Bachelot s'est immédiatement déclarée "absolument scandalisée". Et elle veut, dit-elle, "une augmentation des taxes" prélevées par l'Etat sur le tabac "pour remettre les cigarettes à un prix dissuasif".

Cette hausse, si elle était acceptée par le gouvernement et le Parlement, ne pourrait toutefois pas être appliquée avant le prochain budget, voté à l'automne.

"C'est une initiative délibérée des industriels pour attirer de nouveaux fumeurs". Ils "ont profité d'un certain nombre de décisions prises en matière de droit communautaire", s'est insurgée la ministre.

Une réaction "un peu surjouée", rétorque le porte-parole de British American Tobacco, Yves Trévilly. Il rappelle que les fabricants proposent une liste de tarifs tous les quatre mois, mais que c'est le ministère du Budget qui l'avalise. L'arrêté concernant cette baisse des prix date du 25 juin.

Il y a "quelque chose qui n'est pas clair", renchérit Joseph Osman, directeur de l'Office français de prévention du tabagisme (OFT). "Mme Bachelot se déclare scandalisée, pourtant l'industrie dit que le gouvernement était au courant".

Le député Yves Bur, en pointe dans la lutte anti-tabac, s'est dit lui aussi "scandalisé" par "le cynisme" des fabricants.

En novembre, le Parlement avait voté une augmentation du prix des cigarettes de 6%, au lieu des 10% réclamés par Mme Bachelot. Cette décision avait provoqué une vive polémique.

Les anti-tabac avaient notamment critiqué cette hausse qui profitait, selon eux, aux fabricants puisqu'elle provenait d'un relèvement du prix minimum imposé aux industriels plutôt que des taxes finançant la Sécurité sociale et les programmes de lutte contre le tabagisme.

Du coup, les buralistes craignent que, cette fois, la ministre de la Santé ne réussisse à faire augmenter les taxes.

"Je pense que si on veut mettre en colère la ministre, c'est la stratégie idéale", s'est inquiété le président de la Confédération des buralistes Pascal Montredon.

Selon l'observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), la lutte contre le tabagisme semble avoir marqué le pas en 2009, avec une baisse générale des traitements pour l'arrêt du tabac et des ventes de cigarettes reparties à la hausse.

Pour inverser la tendance, le gouvernement compte sur un arrêté qui impose dans un délai d'un an maximum d'apposer une "image choc", comme celle d'une personne atteinte d'un cancer du poumon, sur chaque paquet.

Mais aux yeux du pneumologue Bertrand Dautzenberg, président de l'OFT, le problème vient aussi de "la structure de fixation des prix" des cigarettes en France. D'après lui, il faudrait remonter les prix plancher imposés à l'industrie.

Le tabac fait chaque année 60.000 morts, dont plus de la moitié due aux cancers des voies aériennes.
 

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