FRANCE

Jugé pour trafic de drogue, Manuel Noriega sera fixé sur son sort ce mercredi

Le tribunal correctionnel de Paris devrait faire connaître ce mercredi la peine à laquelle il condamne l'ancien dictateur panaméen accusé d'avoir blanchi en France quelque 2,3 millions d'euros issu du trafic de drogue. Il encourt 10 ans de prison.

Publicité

AFP - Le tribunal correctionnel de Paris rendra mercredi à 13H30 son jugement dans le procès de l'ancien homme fort du Panama Manuel Noriega, 76 ans, soupçonné d'avoir blanchi dans les années 80 en France quelque 2,3 millions d'euros issus du trafic de cocaïne.

La peine maximale de dix ans de prison a été requise à son encontre par le ministère public à l'issue du procès, qui s'est tenu du 28 au 30 juin.

"Il faut retenir l'image d'une organisation parfaitement structurée aux mains d'un homme et dans l'intérêt d'un homme, Manuel Noriega", avait alors déclaré le procureur, Michel Maes.

"Ce système a été conçu pour blanchir l'argent de la drogue pour le profit de M. Noriega", avait-il ajouté, excluant qu'il bénéficie de l'immunité de chef d'Etat, réclamée par la défense.

L'accusation a également demandé la confiscation des fonds placés sur ses comptes français, soit environ 2,3 millions d'euros.

Le tribunal correctionnel de Paris s'était déjà penché sur cette affaire le 1er juillet 1999, condamnant par défaut l'ex-dictateur du Panama et son épouse à dix ans de prison ferme. Après 20 ans passés dans une prison de Miami, il a été extradé le 26 avril des Etats-Unis vers la France.

Pour l'accusation, le rôle de Manuel Noriega a été "simple et clair: il s'agissait d'apporter sa protection au transport régulier de la drogue et au transfert d'argent" provenant d'un "trafic intimement lié au cartel de Medellin".

Les fonds engrangés au Panama par ce trafic transitaient, selon l'accusation, par des comptes en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Suisse pour finir en France, notamment sur des comptes du CIC, de la Bank of Credit and Commerce International (BCCI) et Paribas.

L'ex-dictateur a affirmé durant son procès être victime d'un "montage bancaire et financier imaginaire" orchestré par les Etats-Unis.

Selon lui, les fonds placés en France ne provenaient pas de la drogue mais de diverses entreprises dont il était actionnaire majoritaire, d'héritage familial ou de revenus versés par la CIA, qui l'avait recruté comme agent double dans les années 70.

Sa défense a vivement dénoncé les réquisitions.

"On ne veut pas du retour du général Noriega à Panama, c'est la seule explication", s'était emporté Me Yves Leberquier, l'un de ses avocats. Selon lui, les accusations de trafic de cocaïne sont le "prétexte" pour s'être débarrassé du dictateur parce qu'il s'était opposé aux Etats-Unis sur la question du Nicaragua et du canal de Panama.

Relevant "l'absence de preuve montrant que les fonds proviennent de stupéfiants", Me Olivier Metzner, autre avocat de Manuel Noriega, avait appelé le tribunal à se pencher sur "les dessous qu'(il) ne voit pas dans le dossier".

L'avocat du Panama, Me Yves Baudelot, a quant à lui déploré qu'aux yeux de l'opinion internationale, cette république ait été, à cause de Noriega, assimilée au "pays du trafic de drogue". Pour réparer ce préjudice moral, il a réclamé 16 millions d'euros, plus 11 millions d'euros de préjudice matériel. En 1999, la justice ne lui avait octroyé qu'un franc symbolique.
 

Le résumé de la semaineFrance 24 vous propose de revenir sur les actualités qui ont marqué la semaine