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Guinée : la démocratie en marche

Depuis l’indépendance en 1958, les Guinéens en rêvaient : voter pour leur président librement. Après un demi-siècle de régime dictatorial, ce jour est arrivé. Le 27 juin 2010, la population s’est mise en marche massivement vers les urnes, qui cette fois étaient transparentes. Nos envoyés spéciaux ont suivi ce premier vote historique.

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Dès l’aurore, se dessinent des groupes de silhouettes, cartes d’électeurs biométriques à la main, en direction des 8 424 bureaux de vote du pays. À Conakry la capitale, des files d’attentes de sourires s’allongent le long des routes. "J’y croyais pas, peu de gens y croyaient vraiment. Maintenant que j’y suis, je réalise que c’est vraiment en train d’arriver! Je suis émue...", glisse une jeune femme, la voie tremblante.

Beaucoup patientent plusieurs heures sous une chaleur écrasante avant d’accomplir leur devoir de citoyen. "L’enjeu mérite de tenir, nous voulons absolument que notre pays change. Cette fois on y croit !", raconte un vieux monsieur qui vient de voter.

Toute la journée se déroule dans le calme. Dans la capitale, seules circulent les voitures comme celles de la presse pourvues d'un macaron.

5 jours plus tard, les résultats tombent. 77% d’électeurs ont pu choisir librement leur candidat favori parmi un large choix de 24 aspirants au fauteuil présidentiel. Deux noms pour le deuxième tour qui faisaient partie des favoris. Cellou Dallein Diallo, ancien premier ministre sous le régime du dictateur Lansana Conté, et Alpha Condé l’opposant historique à toutes les dictatures guinéennes s’affronteront pour le deuxième tour.

Le choix semble manifestement ethnique. Même si beaucoup, candidats et militants, s’en défendent. Cellou Dalein Diallo, d'ethnie peule (40 % de la population), recueille 39,72 % des voix, et Alpha Condé, d'ethnie malinké (35 % des habitants), remporte 20,67 %.

Des cas de fraudes sont dénoncés mais tous les acteurs et différents observateurs s’accordent à dire le processus a fonctionné dans l’ensemble. Un vrai tour de force car c’est la première fois que le pays organise une élection présidentielle libre. La logistique a été mise en place en seulement quelques mois dans l’urgence. Avec des moyens high-tech comme les envois par SMS des résultats via des logiciels sécurisés intégrés sur des téléphones portables !

Pour le deuxième tour, il y aura quelques ajustements à effectuer comme par exemple l’aménagement de plus de bureaux de votes dans les endroits du pays difficilement accessibles. Mais au final c’est un défi gigantesque que la Guinée vient de fièrement relever. Gageons que ce pays puisse aller pacifiquement jusqu’au bout de sa lancée démocratique.

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