GUANTANAMO

Le Canadien Omar Khadr annonce qu'il va boycotter son procès

Dernier citoyen occidental détenu à Guantanamo, le Canadien Omar Khadr est accusé d'avoir tué un militaire américain en Afghanistan il y a huit ans. Il a annoncé, ce lundi, qu'il allait boycotter son procès, prévu au mois d'août.

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AFP - Le Canadien Omar Khadr, dernier occidental détenu à la base américaine de Guantanamo, a annoncé lundi devant un tribunal militaire qu'il allait boycotter son procès pour le meurtre d'un soldat américain en Afghanistan, prévu en août.

Omar Khadr, 23 ans, en a fait l'annonce après avoir rejeté à nouveau un accord avec la justice américaine, qui lui a proposé de plaider coupable en échange d'une réduction de peine. Son procès doit normalement s'ouvrir le 10 août.

"Je boycotte la commission militaire, premièrement en raison de son injustice et de son iniquité", a-t-il lancé. Selon lui, le tribunal militaire "a été constitué pour condamner les détenus".

M. Khadr, qui n'avait que 15 ans au moment des faits qui lui sont reprochés, est accusé d'avoir lancé une grenade qui a tué un soldat américain lors de combats en Afghanistan en juillet 2002 et d'actes de terrorisme.

S'il est reconnu coupable, il risque la prison à vie.

L'offre de la justice américaine portait sur un plaidoyer de culpabilité de sa part en échange d'une peine de 30 ans, dont il n'aurait eu à purger que cinq ans à Guantanamo, a déclaré Dennis Edney, un avocat canadien qui conseille l'accusé mais ne peut le représenter devant le tribunal américain. Une partie de la peine, sans que l'on sache si c'est l'ensemble des 25 années restantes, aurait été purgée au Canada.

"M. Khadr ne pouvait admettre quelque chose qu'il n'a jamais fait. Il n'a jamais tué personne", a dit Me Edney au sujet de son client, qui est détenu depuis octobre 2002 à Guantanamo.

"Je ne vais pas laisser le gouvernement américain m'utiliser à ses fins", a déclaré Omar Khadr en expliquant pourquoi il préférait boycotter le procès plutôt que de se défendre des accusations à son encontre.

"J'ai été manipulé trop de fois lorsque j'étais un enfant et c'est pourquoi je suis ici en train d'assumer mes responsabilités et de payer pour des choses que je n'avais pas le choix de faire parce que c'est ce que des anciens me disaient de faire", a-t-il poursuivi.

Il a ajouté qu'il assisterait peut-être au procès mais qu'il n'y participerait pas. "Comment puis-je espérer la justice d'un système qui en est dénué", a-t-il dit.

Khadr a par ailleurs confirmé au juge Patrick Parrish qu'il voulait se séparer des trois avocats américains chargés de le défendre, dont un, un militaire, a été désigné par le tribunal.

"Personne ne parle en mon nom", a-t-il dit au juge Patrick Parrish.

Le magistrat a toutefois refusé le congédiement de l'avocat de la défense militaire, le lieutenant-colonel Jon Jackson. En aucun cas le jeune-homme originaire de Toronto peut assurer sa propre défense, a insisté le juge, soulignant qu'il fallait que la procédure aille de l'avant.

"Ce sera la même chose avec des avocats ou sans avocats, ce sera une sentence à vie", a laissé tomber Khadr, l'air résigné.

Parallèlement, le feuilleton judiciaire opposant Ottawa aux tribunaux canadiens s'est poursuivi lundi avec la décision du gouvernement de Stephen Harper de faire appel d'un ultimatum de la Cour fédérale.

Le tribunal avait pressé lundi dernier le gouvernement de présenter d'autres mesures devant "corriger les violations des droits constitutionnels" de Khadr, n'excluant pas de décider lui-même des réparations nécessaires, laissant entendre en substance qu'il pourrait exiger le rapatriement du Canadien.

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