FRANCE

Nouveaux incidents dans la vallée du Cher après la mort d'un jeune gitan

Le climat reste tendu dans la vallée du Cher (centre de la France) après la mort d'un jeune de la communauté du voyage, tué dans la nuit de vendredi à samedi par un gendarme alors qu'il essayait de forcer un contrôle routier.

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AFP - Gendarmes déployés en force et familles gitanes en deuil ont campé sur leurs positions lundi, dans la vallée du Cher, après la mort d'un jeune de 22 ans, tué par un gendarme dans la nuit de vendredi à samedi dans des circonstances controversées.

Après le décès qui a provoqué de violents incidents dimanche matin à Saint-Aignan, les bourgades alentour ont vu dans la nuit de dimanche à lundi six voitures brûlées, une vitrine défoncée, deux salles de mairies détruites par des incendies selon la gendarmerie.

"Nous ferons le nécessaire jusqu'à ce que l'ordre complet soit revenu", a assuré le général Jacques Mignaux, le directeur général de la gendarmerie, venu sur place tout comme le ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux.

"Cela durera le temps qu'il faudra, nous interpellerons les auteurs des exactions et nous les transférerons à la justice", a dit le général.

Quelque 300 gendarmes, dont des hommes du GIGN, ont été déployés pour prévenir tout incident, avec l'appui de deux hélicoptères.

La communauté gitane conteste farouchement la version officielle de la mort de Luigi Duquenet, 22 ans, père d'une fillette de deux ans. Certains assurent aussi que les incidents nocturnes n'ont "rien à voir" avec les familles sédentarisées dans la région au retour des camps de concentration, après la Seconde Guerre mondiale.

Côté justice, on assure que l'enquête est menée "de façon impartiale et rigoureuse", comme l'a répété lundi la substitut du procureur de Blois, Bénédicte Laude qui attend les résultats des expertises balistiques.

Selon les premiers éléments de l'enquête, les gendarmes ont tenté de stopper Luigi Duquenet, alors qu'il partait en voiture après une agression signalée à Onzain. La voiture ne s'est pas arrêtée, emportant sur son capot un gendarme sur 500 mètres. En cours de route, un autre conducteur embarque. Plus tard, le véhicule pris en chasse arrive sur deux gendarmes postés à Thésée-la-Romaine. Ces derniers se positionnent pour le stopper et quand la voiture réaccélère, un gendarme tire à deux reprises, touchant mortellement le passager.

"Pas du tout", répliquent Daniel et Ringo, deux des cousins de Luigi. Selon eux, à Onzain, le premier gendarme est monté sur le capot de lui-même pour stopper le véhicule. Puis celui qui a ouvert le feu à Thésée la Romaine l'a fait "sans sommation".

"Ils savaient très bien qui c'était, ils auraient pu l'arrêter le lendemain au lieu de lui tirer dessus", a renchéri un jeune gitan.

En même temps, nul ne conteste que Luigi, connu pour des cambriolages et des vols avait un passé chargé. Son père aurait lui-même été tué en 1985 par les gendarmes.

Selon les siens, le conducteur du véhicule, toujours recherché est "prêt à se rendre" pour témoigner mais "veut attendre les funérailles" mardi matin à l'église de Saint-Gervais-la-Forêt.

Pour preuve de bonne foi, deux cousins assurent s'être spontanément présentés samedi à 02H00 à la gendarmerie de Saint-Aignan pour "donner des explications". C'est en entendant la version officielle que la colère des gitans est montée et que les premières violences ont suivi.

Dimanche matin, une cinquantaine d'hommes armés de haches et de barres de fer, certains cagoulés, s'en sont pris à la gendarmerie de Saint-Aignan, incendié des voitures et tronçonné des arbres.

"C'est ahurissant, quand on voit le village, on n'imagine pas cela puisse arriver ici", a déclaré le maire Jean Michel Billon même s'il y a eu par le passé "des actes d'incivilité répétitifs qui exaspèrent les gens", le plus souvent "des accrochages" jamais graves.

 

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