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RÉFÉRENDUM

Les Kenyans aux urnes pour une nouvelle Constitution

Texte par : Aurélie BLONDEL
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Vidéo par : Antoine MARIOTTI
5 mn

Tempérer les pouvoirs du président est le principal objectif de la réforme constitutionnelle sur laquelle les électeurs kenyans se sont exprimés mercredi par référendum, deux ans et demi après les violences meurtrières de la présidentielle.

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Ce mercredi 4 août a été déclaré jour férié au Kenya pour permettre aux quelque 12,6 millions d’électeurs de se rendre aux urnes. Ils doivent approuver ou rejeter, par référendum, le projet de nouvelle Constitution présenté par le président Mwai Kibaki et son Premier ministre Raila Odinga.

La réforme de la Constitution avait été promise par les deux hommes en 2008, lorsqu’ils se sont entendus pour exercer le pouvoir suite aux violences qui ont suivi l’élection présidentielle contestée de décembre 2007. Les affrontements avaient fait plus de 1 500 morts, entraînant le pays dans une grave crise politique.

La réforme proposée aux électeurs est toutefois "moins radicale" que ce qui était prévu, explique Nicolas Michel, journaliste au magazine "Jeune Afrique".

 

FRANCE 24 - Quels sont les principaux points de la réforme ?

Nicolas Michel - L’objectif premier est d’affaiblir le pouvoir présidentiel, par exemple en créant une Haute Assemblée (c'est-à-dire le Sénat) et en donnant plus de pouvoir aux élus locaux. Mais, contrairement à ce qui avait été promis, le poste de Premier ministre, créé après les affrontements de fin 2007 et début 2008, n’est pas maintenu. C’était pourtant la principale revendication de Raila Odinga, on pensait qu’il se battrait pour conserver le poste. Mais il pense désormais à la présidentielle de 2012 – il ne veut certainement pas être embêté à son tour, s’il est élu, avec un Premier ministre.

Autre point important de la réforme : la création d’une commission chargée de réfléchir aux problèmes de partage des terres. Le texte prévoit également d’autoriser l’avortement en cas de danger pour la mère.

 

F24 - Qui sont les partisans du "oui" et qui défend le "non" ?

N. M. - La campagne du "non" s’est cristallisée autour d’arguments religieux contre la légalisation de l’avortement pour raisons médicales et contre le maintien des kadhis, ces tribunaux islamiques qui gèrent les questions de mariage et d’héritage pour les musulmans . Elle a été menée par les chefs chrétiens et quelques personnalités comme l’ex-président Daniel Arap Moi et le ministre de l’Enseignement supérieur, William Ruto.

Le camp du "oui" rassemble quant à lui une grande partie des hommes politiques du pays, y compris le Président et le Premier ministre qui se sont pourtant affrontés lors de la présidentielle. Il n’est pas illogique qu’ils s’entendent – je pense que Mwai Kibaki, trop âgé pour se représenter, veut terminer sa carrière sur une note positive, et que Raila Odinga a en vue la présidentielle de 2012.

 

F24 - À quel résultat vous attendez-vous ?

N. M. - La réforme ne devrait pas avoir de difficulté à passer. Les Kenyans attendent une nouvelle Constitution depuis longtemps. Ils veulent que les choses bougent car rien n’a vraiment avancé depuis 2008.

Mais au final, leurs véritables préoccupations sont ailleurs, ils s’inquiètent de ce qu’ils ont dans leur assiette et du prix des matières premières. À ce titre, il sera intéressant de regarder le taux de participation, de voir si les électeurs se déplacent en masse pour ces questions constitutionnelles.

 

F24 - Redoutez-vous des violences liées au référendum ?

N. M. - J’ai tendance à croire que ce scrutin va se dérouler dans le calme. Des moyens policiers ont été déployés, notamment dans la vallée du Rift. Et les deux principaux camps qui s’affrontaient jusqu’alors sont dans le même bateau cette fois.

 

F24 - Ce référendum représente-t-il selon vous un grand pas en avant pour le pays ?

N. M. - C’est bon signe, jusqu’à présent la situation ne progressait pas car les deux camps – celui du Président et celui du Premier ministre – étaient à couteaux tirés. Mais ce n’est qu’une première étape dans la longue liste de réformes promises en 2008, au moment de la formation du gouvernement de coalition : réformes foncières et judiciaires, mesures contre la corruption, etc.

Dans l’ensemble, toutefois, le Kenya est plutôt stable par rapport à ses voisins. C’est l’un des pays qui se portent le mieux économiquement et même politiquement, puisqu’il y a eu une alternance démocratique en 2002.

 

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