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"Nous craignons que les donateurs soient fatigués de passer d'une catastrophe à l'autre"

Alors que les inondations au Pakistan ont fait près de 14 millions de sinistrés, le chef de mission d'Action contre la faim dans le pays s'inquiète que les fonds débloqués ne soient pas en adéquation avec l'ampleur des besoins.

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Les inondations qui frappent le Pakistan depuis deux semaines sont "pires que le tsunami de 2004, le tremblement de terre au Pakistan en 2005 et le récent tremblement de terre à Haïti", a affirmé lundi le porte-parole du Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l'ONU, Maurizio Giuliano. Si le nombre de victimes de ces catastrophes n'est pas comparable - 220 000 en Asie du Sud-Est en 2004 par exemple contre près de 1 600 au Pakistan -, le nombre de sinistrés au Pakistan s'élève déjà à 13,8 millions, selon l'ONU, contre 5 millions après le tsunami de 2004 ou 3 millions après le séisme en Haïti.

Daniel Holmberg, chef de mission de l'ONG Action contre la faim (ACF) au Pakistan, redoute cependant que la mobilisation de la communauté internationale ne soit pas à la hauteur des besoins.

 

Quelle est la situation sur le terrain ?

Daniel Holmberg : Il est toujours très difficile d'atteindre les populations sinistrées dans le nord-ouest du pays [notamment dans la vallée de Swat ndlr]. Les inondations ont été énormes, elles ont touché des personnes qui avaient déjà survécu au conflit de l'an dernier [entre l'armée et des groupes extrémistes ndlr]. La plupart ont tout perdu et la situation est bien pire que celle qui a suivi le tremblement de terre de 2005 [dans le Cachemire, ce séisme a fait près de 80 000 morts et 3 millions de sinistrés selon le gouvernement pakistanais ndlr].

Je pense que nous avons atteint le pic de la catastrophe. L'aide humanitaire commence tout juste à arriver. Jusqu'à présent, seule l'armée a pu atteindre par hélicoptère les zones les plus reculées. Les axes de communication commencent à peine à s'ouvrir et toutes les ONG tentent d'accéder, par tous les moyens, aux populations sinistrées. Les humanitaires se déplacent en taxi, à dos d'âne, à pied pour essayer de rejoindre ces zones.

Il pleut toujours beaucoup, notamment à Sindh dans le sud, mais aussi dans le nord-ouest du pays.

Concrètement, qu'allez-vous faire pour venir en aide aux sinistrés ?

D.H. : Action contre la faim était sur le point de lancer un programme dans le district de Dir. Nous allons augmenter nos programmes pour agir dans deux autres districts du nord-ouest, Charsadda et Nowshehra, pour venir en aide à environ 75 000 personnes. Ce sont des zones qui ont été largement inondées. La priorité aujourd'hui est de contenir le risque de propagation de maladies, comme le choléra. Nous allons distribuer de l'eau potable, des produits sanitaires, faire de l'éducation à l'hygiène...

Ensuite, nous allons mettre en œuvre des activités de relance économique : ces populations ont raté une récolte à cause du conflit de l'an dernier et beaucoup ont perdu 100 % de leurs biens et de leurs sources de revenus. Il faut lancer des programmes du type "argent contre nourriture" pour leur permettre de subsister.

Il y aura un besoin de nourriture, mais d'autres ONG ou le Programme alimentaire mondial vont répondre à ce besoin. Les populations du nord-ouest sont très résilientes, elles sont habituées à vivre des périodes très difficiles.

Dans quel délai pourrez-vous agir ?

D. H. : Nous serons opérationnels très prochainement. Nous sommes en train de recruter des personnes sur place pour nous aider. Contrairement à certains pays d'Afrique où nous intervenons, il y a au Pakistan beaucoup de personnes qualifiées dans les secteurs de l'hygiène ou de la prise en charge sanitaire. Nous n'aurons pas de problème pour augmenter l'effectif de notre équipe, actuellement composée d'une quarantaine de personnes.

Craignez-vous que l'image du Pakistan dans les médias et dans l'opinion publique ne freine la mobilisation internationale et la collecte de fonds ?

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D. H. : Oui, cela nous préoccupe. Actuellement, les fonds débloqués par la communauté internationale ne sont absolument pas en adéquation avec l'ampleur des besoins. Nous craignons que les donateurs soient fatigués de passer d'une catastrophe à l'autre. Certains évènements, comme le désastre à Haïti, captent l'attention du monde. Mais pas tous... Il est difficile depuis le Pakistan de juger la couverture médiatique qui est faite de ces inondations, mais j'espère que l'image du Pakistan ne sera pas préjudiciable à sa population.

Les besoins de base de la majorité des sinistrés devraient être pris en charge dans les prochains mois, mais le challenge, au-delà de ces besoins immédiats, se joue à long terme. Il faut que les bailleurs s'engagent sur la durée. Encore une fois, l'impact des ces inondations est bien plus important que celui du tremblement de terre de 2005. Les gens ont perdu leurs plantations, leurs récoltes, certainement leurs systèmes de canalisation... Il faudra des années pour qu'ils s'en relèvent.
 

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