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Quand les judokas désertent les tatamis pour le "free fighting"

Le Japon s’apprête à accueillir les championnats du monde de judo. Mais au "pays des tatamis", la crise guette et le sport national voit ses champions s’échapper vers les chemins plus violents (et lucratifs) des combats libres.

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Tokyo s’apprête à organiser les championnats du monde de judo, qui n’avait plus eu lieu depuis 1958 dans la capitale du pays du Soleil levant. Pourtant, au pays où est née la "voie de la souplesse", traduction littérale de judo, les tatamis traversent une crise profonde. Comme Hidehiko Yoshida, champion mondial et olympique à Barcelone en 1992, un nombre croissant de judokas troquent leurs kimonos pour une paire de gant de "free fighting" - combat libre en français. Parmi eux, un des élèves de Yoshida, Satoshi Ishii. Ce médaillé d’or à Pékin, dans la catégorie des plus de 100 kg, avait créé la polémique en 2008 en empochant 4 millions d’euros, à 21 ans, pour rejoindre, tel un ronin, les rings du "Mixed Martial Art " (MMA).

Le montant de la transaction fait rêver les judokas japonais, privés de revenus par un sport resté amateur. Aujourd’hui, plus que jamais, le MMA – qui regroupe un large éventail de disciplines de combats dont le judo, la lutte, le jiu-jitsu brésilien, la boxe thaïlandaise – reste une porte de sortie dorée pour ces champions en mal de reconversion. Et pour cause : "Les combattants internationaux de MMA peuvent toucher plus de 200 000 euros pour un combat," explique Mathieu Nicourt, un des premiers champions français de free fighting.

"De plus en plus de judokas rejoignent le MMA en France"

Cette discipline, jugée extrême par ses détracteurs, prend aussi de l’ampleur en France. Après de longues années d’interdiction, elle est légalisée en 2008 et officialisée en 2009 par la création de la Commission nationale de Mixed Martial Art, (CNMMA) fondée par un judoka reconverti, Bertrand Amoussou. Sa popularité croissante est liée à son émergence médiatique, notamment sur Internet, mais aussi par l’envie des combattants d’autres disciplines de se rencontrer sur un pied d’égalité. "De plus en plus de judokas et de lutteurs rejoignent le MMA pour le défi, c’est un fait," précise Mathieu Nicourt, conseiller technique de la CNMMA et professeur de la Free Fight Academy en région parisienne. De son côté, la Fédération française de judo (FFJDA) nie un exode de ses licenciés : "Nous sommes passés de 572 000 à 580 000 licenciés entre 2009 et 2010. Le MMA attire davantage des adeptes des sports pied-poings (kick-boxing, boxe thaïlandaise, ndlr) et non pas du judo", nous explique-t-on à la Fédération, qui voit d’un mauvais œil cette nouvelle discipline, contraire, selon elle, aux règles traditionnelles d'honneur et de morale des arts martiaux.
 

Teddy Riner tenté par l’aventure

Pourtant des transfuges, il y en a. L’exemple le plus connu est celui de l’ex-judoka Ferrid Kheder, vainqueur des tournois de Paris (1999, 2000) et de Munich (2000, 2002) chez les moins de 73kg. Radié par la FFJDA à la suite d’une altercation avec ses entraîneurs, ce Franco-Tunisien rejoint en 2003 la Fédération tunisienne, qu’il quitte en 2004. Deux ans plus tard, il se convertit au MMA et intègre l’équipe américaine du Team Quest avant de passer au club du Cobra Kai, à Las Vegas. Un parcours qui intéresse de plus en plus de judokas français. Même Teddy Riner, le triple champion du monde de judo, s’est dit tenté par l’aventure afin retrouver son ennemi favori : Satochi Ishii. "Après les Jeux olympiques de Londres, je veux régler quelques affaires avec Satoshi Ishii," avait-il déclaré en septembre 2009, après avoir remporté son titre aux Pays-Bas, au quotidien sportif japonais Tokyo Sports. "Si ce ne sera pas en judo, j'irai le chercher en MMA, aucun problème." A la lecture de cet article, le japonais Satoshii Ishii a simplement déclaré: "Dites-lui que je l'attendrai sur un ring de MMA !" Le judo en sortirait certainement perdant.

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