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"J'estime que le consentement des Roms est vicié"

Le Parlement européen a voté, ce jeudi, une résolution condamnant la politique française d'expulsion des Roms, jugée contraire au droit européen. Entretien avec Renate Weber, députée européenne qui a défendu cette résolution.

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Renate Weber, députée européenne
Renate Weber, députée européenne

Renate Weber est députée européenne, de nationalité roumaine. Elle fait partie des initiateurs de la résolution du Parlement européen, votée ce jeudi, qui exprime la "vive préoccupation" des députés face à la politique française d’expulsions massive de Roms, qui, selon eux, viole le droit européen. En outre, ces députés "regrettent le manque d'engagement du Conseil et de la Commission dans cette affaire". La résolution a été adoptée par 337 voix pour, 245 contre et 51 abstentions.

France24.com : Quels sont vos arguments en faveur de cette résolution ?

RW. Le droit européen défend la liberté de circulation, mais laisse aussi la possibilité aux États d’expulser des personnes dans des circonstances très précises. On ne nie pas ce droit pour chaque pays. Mais nous dénonçons les expulsions collectives, qui sont interdites par la directive 38 datant de 2004, et nous estimons la rhétorique du gouvernement français provocatrice et discriminatoire.

A titre personnel - et je connais très bien la problématique des Roms, que j’ai beaucoup eu à étudier et à défendre en tant que militante des droits de l’Homme en Roumanie -, je suis outrée par la tricherie de l’État français, qui profite de l’ignorance et de la vulnérabilité de ces gens pour leur faire signer des papiers stipulant qu’ils quittent volontairement le pays, moyennant 300 euros par adulte et 100 euros par enfant. J’estime que leur consentement est vicié. Car je sais qu’ils ont été menacés de prison, sans preuve, pour leur signifier que leur présence est indésirable et les pousser à vouloir rentrer dans leur pays.

France24.com : Comment réagissez-vous à la déclaration du ministre de l’Immigration, Eric Besson, qui estime que le Parlement européen est "sorti de ses prérogatives" et que le gouvernement "n’a pas à (se) soumettre à un diktat politique" ?

RW. La réaction d’Éric Besson ressemble à celle de Hugo Chavez quand les députés européens votent une résolution à propos du Venezuela - il dit que cela ne les regarde pas. Cela signifie qu'Éric Besson ne comprend pas ce que signifie le Parlement européen : c'est-à-dire la représentation des citoyens.

France24.com : La Commission européenne doit prochainement rendre un rapport sur le sujet… Quelles mesures souhaitez-vous qu’elle prenne ?

RW. J’ai lu un brouillon du rapport de la Commission européenne, il y a une dizaine de jours. L’analyse légale, notamment, n’est pas encore bouclée. Mais à ce que j’ai lu, la Commission s’apprête à affirmer que le simple fait de payer une somme aux Roms expulsés ne signifie pas que ce rapatriement est volontaire.

La Commission se trouve dans une position délicate, ce que je comprends bien. De mon côté, je souhaite simplement que la vérité soit établie. Je n’ai aucun intérêt politique en France, et je ne souhaite pas que la Commission prenne des sanctions contre Paris. Ce serait trop.

J’espère que tout le monde se calmera après cette résolution et que l’on travaillera à quelque chose de productif et de constructif, avec la responsabilité partagée de tous les États membres et de la Commission européenne. Il s'agit d'une stratégie pour une décennie, pas pour les cinq prochaines années. On a déjà perdu beaucoup de temps.

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