PRIX NOBEL

La presse chinoise dénonce l'attribution du Nobel de la paix à Liu Xiaobo

Texte par : Dépêche
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5 mn

La presse chinoise a fustigé l'attribution du prix Nobel de la paix au dissident chinois emprisonné Liu Xiaobo. Par ailleurs, la police chinoise a interpellé plusieurs de ses supporters qui célébraient son prix, vendredi soir.

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AFP - Les milieux de la dissidence chinoise célébraient samedi l'attribution du Nobel de la paix à l'intellectuel emprisonné Liu Xiaobo, tout en redoutant un nouveau tour de vis après des arrestations de militants sitôt l'annonce du prix.

Alors que les défenseurs des droits de l'homme se sont félicités de l'octroi de ce prix au dissident emprisonné, la police a arrêté des dizaines de supporters de Liu Xiaobo qui célébraient vendredi soir son prix, ont indiqué samedi un avocat et une organisation de défense des droits de l'homme.

"La nuit dernière, des gens ont été embarqués par la police. Ils (le gouvernement) ne veulent pas que les gens se rassemblent et célèbrent", a déclaré à l'AFP Teng Biao, un avocat de militants des droits de l'homme.

"C'est un vrai casse-tête pour le gouvernement, ils ne veulent pas que les gens sachent", dit-il à propos du prix Nobel de Liu.

L'organisation Les défenseurs des droits de l'homme en Chine (CHRD), dont le siège est à Hong Kong, a également fait état d'arrestations.

"Alors que certains se sont rassemblés en petits groupes pour célébrer cet événement important, quelques dizaines de sympathisants de Liu ont été amenés en détention", a-t-elle déclaré dans un courriel.

Liu Xia, l'épouse de Liu Xiaobo, est arrivée samedi dans la province du Liaoning (nord-est) où il est détenu et devrait le voir dimanche, a indiqué le Centre d'Information des droits de l'homme et de la démocratie installé à Hong Kong.

Le quotidien officiel Global Times a estimé que le comité Nobel s'était "déshonoré" et que le prix de la paix avait été "dégradé en un instrument politique au service de motivations antichinoises".

"Une fois encore, le comité Nobel a montré son arrogance et ses préjugés contre un pays qui a fait des progrès remarquables ces trois dernières décennies dans le domaine économique et social", selon un éditorial faisant référence à l'octroi, en 1989, du Nobel de la paix au chef spirituel tibétain, le dalaï lama, accusé de visées séparatistes par Pékin.

"Aucun des deux (lauréats) ne fait partie de ceux qui ont apporté des contributions à la paix et la croissance en Chine ces dernières décennies", poursuit le journal qui dépend du Quotidien du Peuple, organe du PC chinois.

"A l'évidence le prix Nobel de la paix cette année est fait pour irriter la Chine", poursuit le journal, "mais il ne va pas réussir" et la Chine va resister aux tentatives visant à lui "imposer les valeurs occidentales".

Liu Xiaobo, 54 ans, un "criminel" pour Pékin, purge actuellement une peine de 11 ans de prison pour "subversion du pouvoir de l'Etat" après avoir été l'un des auteurs de la "Charte 08" réclamant une Chine démocratique.

Sur les grands portails de l'internet Sina ou Sohu, les recherches "prix Nobel de la paix" ou "Liu Xiaobo" ne menaient nulle part et de nombreux internautes, habitués à une censure omniprésente, évoquaient adroitement Liu sans le nommer.

Tandis que la télévision officielle était muette, les reportages des chaînes étrangères sur le lauréat du Nobel, telles l'américaine CNN ou la francophone TV5, étaient censurés. Vendredi soir, les SMS comportant le nom de Liu n'arrivaient pas à leur destinataire.

L'avocat renommé Mo Shaoping, qui dirige le cabinet qui avait défendu Liu, a expliqué à l'AFP samedi que la Chine devrait être fière que l'un de ces citroyens soit choisi pour le Nobel de la paix.

"Très peu de Chinois ont remporté de prix Nobel, pas simplement celui de la paix, mais les autres comme les prix scientifiques", a dit Me Mo.

"Liu Xiaobo a été éduqué en Chine et bien qu'il soit en prison, il vit en Chine. Cela le rend unique. C'est pour cela que les Chinois devraient être fiers de lui".

Le Nobel "apporte un immense encouragement et soutien à ceux qui partagent ses opinions", a ajouté l'avocat.

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