CHILI

Quand le sauvetage des "33" donne lieu à un grand show médiatique

Le sauvetage des 33 mineurs chiliens bloqués à 700 mètres sous terre depuis le 6 août, doit intervenir dans la nuit de mardi à mercredi. Un événement dont les médias et les hommes politiques locaux se font les choux gras.

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Leur survie tient du miracle, leur histoire du mythe. Alors que les secouristes espèrent pouvoir commencer le processus de sauvetage "à partir de mercredi", les 33 mineurs chiliens bloqués à 700 mètres sous terre depuis le 6 août n’en finissent pas de déchaîner les médias, qui les ont érigés au rang de héros.

En deux mois, plateaux de télévision, studios d’enregistrement et journalistes des quatre coins du monde ont envahi le campement Espoir installé aux abords de la mine de Copiapo, ville du nord du pays. Pour Jean-Jacques Kourliandsky, spécialiste du Chili à l’Institut des relations internationales et stratégiques (Iris), cet engouement n’a rien d’étonnant : "le secteur minier est le plus important du pays. Le cuivre, c’est un peu le pétrole du Chili, leur ressource principale. Les mineurs sont des travailleurs populaires et respectés. Leur sort émeut les foules."

Quelque 700 journalistes du monde entier

Largeur de la nacelle : 53 cm de diamètre
Durée de la remontée par mineur : 1 heure
Longueur de la remontée : 700 mètres
Durée de l’opération : 2 jours
Mesures de sécurité : Chaque mineur portera un harnais, des électrodes surveillant rythme cardiaque et température
Nombre de sauveteurs mobilisés : 2 secouristes, un expert en sauvetage minier et un infirmier descendront préparer les mineurs
Risques de la remontée : vomissement, nausée
Ordre de passage : les "habiles" en premier, les "fragiles" en deuxième, les "forts" en dernier.
Sortie : Transfert des mineurs en hélicoptère vers l’hôpital
 

Sur place, "les événements sont surréalistes", raconte Alexis Masciarelli, envoyé spécial de France 24 à Copiapo. "C’est la première fois que je vois autant de journalistes, il y en a quasiment autant que pour un événement comme le G8 ! Les caméras tournent 24 heures sur 24". Selon Tomas Urzua, responsable gouvernemental de la presse sur le site, il y a "environ 1700 journalistes du monde entier accrédités", dont "près de 400 Chiliens". Les hôtels sont pleins, et les tentes au complet.

Face à cette folie médiatique, la municipalité a pris les devants pour satisfaire les exigences des journalistes. "La ville a installé un réseau Internet sans fil baptisé "Fuerza los mineros" ("Courage les mineurs") et bâti une plateforme près du puits d’extraction pour permettre à la nuée de journalistes de prendre les premières images de sortie", continue Alexis Masciarelli. "Des initiatives un peu démesurées", estime, de son côté, Jean-Jacques Kourliandsky.

"Un concentré d’antennes satellites au milieu de nulle part"

Selon les médias chiliens, les équipes de télévision du monde entier se disputent la moindre parcelle de terre à proximité du puits. Presque toutes sont concentrées dans un espace d’à peine 500 m2. "Nous sommes tous regroupés au même endroit. Autour de nous, il n’y a rien, c’est un paysage lunaire. Le décor est d’ailleurs invraisemblable, imaginez un concentré d’antennes satellites au milieu de nulle part…", décrit Alexis Masciarelli. De son côté, la police a été contrainte de déployer les grands moyens. Plusieurs barrages de sécurité ont été dressés près du puits, surveillés en permanence par des carabiniers postés en haut des collines.

Depuis plusieurs jours, psychologues et experts en communication se relaient pour préparer les mineurs à la pression médiatique qui les attend. Depuis les entrailles de la terre, ils ont été formés à répondre aux interviews, dont la liste d’attente ne cesse de s’allonger. "Les interviews sont menées à la chaîne, explique notre envoyé spécial. Nous sommes tous dans l’attente de leur sortie. Pour le moment, il ne se passe pas grand-chose, alors au moindre faits et gestes des familles, on se bouscule pour raconter la même chose". Selon le magazine américain "Time", les futurs entretiens en exclusivité se négocient en milliers de dollars !

Hollywood courtise les mineurs

Coté production cinéma, les prétendants aussi se pressent. Hollywood aurait déjà

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Explications de notre correspondant, Alexis Masciarelli

courtisé les familles pour réaliser plusieurs documentaires sur la vie des "33". Toujours d'après "Time", les chaînes américaines HBO et Discovery Channel, ainsi que la britannique Channel 4, seraient sur les rangs. Le cinéaste chilien Rodrigo Ortuzar est quant à lui sur place depuis plusieurs semaines...

En marge de cet emballement médiatique, Copiapo doit aussi gérer l’arrivée de nombreux cadeaux destinés aux mineurs qui se sont attiré la sympathie du monde entier. Parmi les présents figurent des maillots de football dédicacés par l’équipe du Real Madrid et des chèques de 7 600 euros remis à chaque famille par Leonardo Farkas, le patron multimillionnaire de la compagnie minière qui gère le site. Les 33 "héros" ont même eu droit à la visite des joueurs de l'ancienne sélection uruguayenne de rugby, restés bloqués, en 1972, pendant 72 jours sur un glacier de la cordillière des Andes, après le crash de leur avion.

Les hommes politiques en profitent

Quant au gouvernement chilien, il n’a pas laissé passer sa chance de tirer profit de cet emballement médiatique. Laurence Golborne, le ministre des Mines, peu connu il y a encore deux mois, ne boude pas son plaisir devant les caméras. Son arme ? Une larme devant les journalistes et des tweets par dizaines pour informer la population de l’avancée du dispositif de secours. L'homme est devenu l’une des personnalités les plus appréciées des Chiliens. "L’institut de sondage chilien estime sa cote de popularité à 87 %", avance Jean-Jacques Kourliandsky.

Une popularité qu’il partage avec le président Sebastian Piñera. Critiqué pour la lenteur de la reconstruction du pays après le séisme de février, le chef de l'État se rachète une conduite. Il est aujourd’hui aux premières loges du sauvetage des "33", armé du fameux message envoyé par les mineurs le 22 août et sans lequel il ne se déplace jamais. "Il se pose en chef de chantier, il vérifie l’avancement des travaux, il est omniprésent à chaque étape de l’extraction", explique le chercheur de l'Iris.

Un succès qui arrive à point nommé, selon Jean-Jacques Kourliandsky. "Le gouvernement chilien est actuellement aux prises avec un dossier sensible : celui d’un conflit territorial qui oppose l’État chilien aux Indiens mapuche. Piñera détourne l’attention des médias sur les mineurs. Il ne veut pas fissurer cette belle image de cohésion nationale qui prévaut en ce moment". Mission réussie. Le président qui n’a cessé d'appeler, dans ses derniers discours, à la fraternité retrouvée et à l’élan patriotique, frôle les 80 % de satisfaction dans les sondages.

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