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Focus

Une brèche dans l'interdiction du voile à l'université

La laïcité est, depuis le début du siècle, l’un des socles fondamentaux de la Turquie. Pourtant la majorité de ses 76 millions d’habitants est musulmane. Mais depuis quelques années, et notamment l'accession au pouvoir du parti islamiste AKP, les pros laïcs s'inquiètent de voir disparaitre ce modèle. Reportage.

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La plus grande université de Turquie, l'Université d'Istanbul, était depuis des décennies un bastion laïc interdisant l'accès du campus aux étudiantes voilées. Mais cette année pour la première fois, le foulard religieux n'y est plus banni.

Ce relâchement est dû à un incident qui a opposé une étudiante qui portait un chapeau pour contourner l'interdiction, à un professeur. L'étudiante, expulsée du cours à cause de ce chapeau, s'est plainte à l'université qui en a référé au Conseil Supérieur des Universités (YOK). Le conseil a alors envoyé une circulaire stipulant qu'aucun étudiant ne pouvait être expulsé de classe sans raison valable.

Le gouvernement islamo-conservateur AKP a tenté de lever cette interdiction en votant une modification de la constitution en 2008. Mais la Cour constitutionnelle turque avait bloqué cet amendement, concluant à une atteinte à la laïcité du régime, et avait failli interdire l'AKP par la même occasion. Mais depuis, la question s'est banalisée, et peu à peu tout l'enseignement supérieur turc est en train de lever cette interdiction du voile à l'université, en vigueur depuis le coup d'état militaire de 1980. Pour les conservateurs mais aussi beaucoup de libéraux turcs, cette règle qui n'existe même pas en Europe, est une violation des libertés individuelles.

“Le fait que plus de 60% des femmes en Turquie portent le voile et que malgré cela certaines universités tres laicardes et autoritaires aient pris la décision l'année dernière d'interdire l'accès des cours à des étudiantes qui portaient un chapeau ou une perruque, toutes ces attitudes extremistes ont aussi accéléré la décrédibilisation de cette interdiction” analyse Ahmet Insel professeur à l'Université de Galatasaray, autre établissement public qui admet aussi désormais le foulard dans ses amphithéâtres.

Mais dans les milieux kémalistes, attachés aux principes laïcs établis par Atatürk au début du 20ème siècle, la libéralisation du voile fait grincer des dents. Aysel Celikel, présidente de l'Association pour le soutien de la vie moderne s'inquiète d'une islamisation progressive de la société turque. “Le parti au pouvoir et les confréries religieuses se battent ensemble pour lever l'interdiction du voile, selon des considérations religieuses et pas dans une perspective de droits individuels et ca c'est très dangereux” estime-t-elle.

Les organisations pro-laïques craignent surtout que l'autorisation du voile à l'université n'ouvre la voie à son autorisation dans la fonction publique et que les femmes turques ne subissent des pressions pour se couvrir.

La question du voile à l'université est en passe d'être réglée, mais le flou juridique qui entoure son statut promet la poursuite du débat encore longtemps en Turquie.

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