GRÈCE

La jeunesse d'extrême gauche ou le visage du "nouveau terrorisme"

Depuis les émeutes de 2008, la Grèce, où 11 colis piégés ont été interceptés en trois jours, fait face à des groupuscules d'extrême gauche qui ont recours à la lutte armée pour dénoncer la crise de la dette et/ou le système dans son ensemble.

Publicité

Alors que la France s’alerte de la menace que fait peser sur le pays le réseau Al-Qaïda et son leader Oussama ben Laden, la Grèce est victime d’une autre forme de terrorisme, plus localisée, plus politisée mais tout aussi prégnante. Douze colis piégés ou suspects postés en Grèce ont ainsi été interceptés depuis lundi. Ils étaient adressés à des ambassades ainsi qu'au président français Nicolas Sarkozy et à la chancelière Angela Merkel. Deux d'entre eux, de faible puissance, ont explosé aux ambassades suisse et russe, sans toutefois faire de victimes.

Derrière ces attaques, la police a vu la marque d’un ou plusieurs groupuscules d’extrême gauche. Dans le cas du colis destiné à Nicolas Sarkozy, les soupçons se tournent vers la "Conspiration des cellules de feu". La piste de la Secte des révolutionnaires, autre groupe radical, est également évoquée. Proches des mouvances d’extrêmes gauche, ces groupes - sans agenda ni revendications claires - représentent ce que les Grecs appellent "le nouveau terrorisme".

"En Grèce, on les appelle des groupes terroristes. C’est un terrorisme national, local qui n’a qu’un seul but : tuer", assène sans détour Alexia Kefalas, correspondante pour France 24 à Athènes.

Une jeunesse en mal d’avenir

Ces groupes d’extrême gauche sont apparus lors les émeutes qui ont éclaté en décembre 2008 entre jeunes et forces de l’ordre, à la suite de la mort d’un adolescent tué par la police. Mouvements violents, désorganisés et relativement spontanés, ils s’insurgent par la violence contre le système en place, mais sans pour autant formuler d’idéologie alternative claire.

"Ces jeunes veulent détruire le système par la violence, car ce système ne leur a pas donné de place. Ils sont en mal d’avenir", analyse Alexia Kefalas.

Selon les experts, leur idéologie s’est forgée en réaction à l’incapacité gouvernementale à répondre à la crise économique, dont la jeunesse, assez politisée, a été l’une des premières victimes. "Nous sommes dans une période pré-électorale [les municipales auront lieu le 7 novembre] qui favorise ce genre d’événement. Le plan d’austérité, mis en place à la demande de l’Union européenne, a été perçu par l’opinion comme une mise sous tutelle. Et cela a créé de forts mécontentements du côté de l’extrême droite comme de l’extrême gauche", explique Jean-Yves Camus, politologue spécialiste des extrémismes politiques et chercheur associé à l'Iris.

Antécédents et idéologie

Se déclarant hostiles au mode de vie occidental et proches des ultra-anarchistes, ces groupuscules - qui ne sont pas sans similitudes avec le groupe de Tarnac en France - sont présents dans les rassemblements altermondialistes et écologistes. La police grecque parle d’ailleurs d’échanges de technologie entre groupuscule d’extrême gauche issus de la mouvance anti-autoritaire.

Signataire d'une série d'attentats incendiaires et à l'explosif perpétrés à Athènes ainsi qu'à Salonique - dont un qui a visé le Parlement en janvier dernier -, la Conspiration des cellules de feu compterait un réservoir de plusieurs centaines de membres.

A l’image des deux suspects de 22 et 24 ans arrêtés par la police lundi, puis déférés devant un procureur pour "actions terroristes" (entre autres chef d’accusation), ces groupuscules sont composés de jeunes d’une vingtaine d’années, généralement instruits et de bonne famille.

Des groupes issus d'une vieille tradition militante

Si le contexte socio-économique a donné à ces groupes une nouvelle vitalité, ces derniers s’inscrivent dans une vieille tradition grecque en ce qui concerne le militantisme extrémiste. "Les groupuscules d’extrême gauche ont toujours existé en Grèce depuis la fin de la dictature, en 1974. L’Organisation terroriste du 17-Novembre a laissé des orphelins", explique Alexia Kefalas.

Justement, l’Organisation du 17-novembre - appelée ainsi en référence au 17 novembre 1973, où des étudiants furent mâtés dans le sang par la junte des colonels, régime ultra autoritaire apparu lors du coup d’État de 1967 - a revendiqué vingt-cinq assassinats et une cinquantaine de blessés avant d’être démantelée en 2003, à la suite d’un attentat raté.

Depuis 2008, des groupuscules, plus jeunes, plus désorganisés, mais tout aussi violents et revendiquant la lutte armée, ont repris le flambeau. Depuis janvier 2009, ils comptabilisent des dizaines d’actions revendiquées. Difficile à cerner, à démanteler et à arrêter, ils ne semblent pas près de s’arrêter.

Le résumé de la semaineFrance 24 vous propose de revenir sur les actualités qui ont marqué la semaine