EMPLOI

L’Angleterre veut faire travailler les chômeurs gratuitement

Le secrétaire d’État britannique au Travail, Ian Duncan Smith, propose cette semaine que les chômeurs de longue durée travaillent gratuitement pendant un mois, sous peine de perdre leur allocation chômage.

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C’est la mesure choc du moment et elle vient du Royaume-Uni. Dans un effort pour combattre le chômage de longue durée, le secrétaire d’État au Travail Ian Duncan Smith a frappé fort. Il va dévoiler cette semaine son pacte pour l’emploi qui contiendra l’obligation pour les chômeurs de longue durée de travailler gratuitement 30 heures par semaine pendant un mois. Si ces sans-emploi refusent, ils pourront perdre leur allocation pendant trois mois.

Les conseillers à l’emploi britannique seront chargés d’imposer cette mesure à des chômeurs qui auraient "abandonné toute recherche d’emploi" ou seraient soupçonnés "d’exercer une activité non déclarée". Il s’agirait, selon Ian Duncan Smith de "remettre les chômeurs dans une routine du travail". Une mesure qui pourrait également permettre de faire des économies dans un contexte de recherche de réduction des dépenses publiques à tout prix. Ce travail gratuit consisterait essentiellement en tâches d’intérêt général comme le ramassage d’ordures ou le nettoyage de rues.

Une proposition révélée par la presse britannique ce week-end qui n’en finit pas de susciter de vives critiques. La fureur des associations de défense des chômeurs et de l’opposition était attendue. "Il nous faut des réformes qui traitent les chômeurs avec dignité et qui ne soient pas des insultes", s’est ainsi insurgé lundi le Child Poverty Action Group (Association de lutte contre la pauvreté infantile). Les Travaillistes aussi ont déploré cette nouvelle mesure : "les membres du gouvernement devraient tout simplement avoir honte", a estimé John Trickett, un député travailliste spécialiste de l’exclusion. La condamnation par l’archevêque de Canterburry, Rowan Williams, devrait affecter d’avantage Ian Duncan Smith, qui se présente comme le plus catholique des ministres.

"Populiste"

Cette nouvelle épée de Damoclès au-dessus de la tête des chômeurs de longue durée est également durement critiquée par le monde politique français de tout bord. "C’est une mauvaise solution qui ne peut venir que d’un pays anglo-saxon où la législation est moins sociale qu’en France", note Fabienne Levy, responsable pour les questions de travail au Parti radical, le mouvement de Jean-Louis Borloo. À gauche, Alain Vidalies, secrétaire national au Travail et à l’Emploi, dénonce "la mesure populiste par excellence" qui "ne contourne pas le fond du problème du chômage de longue durée".

L’argument de remettre ces laissés-pour-compte de l’emploi dans une mécanique du travail ne convainc pas davantage. "La réinsertion par la précarité n’a jamais fonctionné, il suffit de voir les films sociaux de Ken Loach pour le comprendre", explique Liem Hoang Ngoc, secrétaire national adjoint à l’économie au PS. "Accompagner les chômeurs de longue durée nécessite des moyens financiers et humains et pas seulement le bâton", juge Fabienne Levy.

Quant à importer l’idée en France, il n’en est pas question. "Ça déclencherait une guerre sociale", affirme Fabienne Levy qui concède simplement au gouvernement britannique que le "chômage de longue durée nécessite de trouver des idées novatrices". "Étendre le recours au stage et à la formation pourquoi pas", note Alain Vidalies, mais ces "travaux forcés" ne sont ni plus ni moins en France que l’équivalent "des condamnations en justice aux travaux d’intérêt général".

Crédit photo : Dain of the Iron hill (via Flickr)

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