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"Les États-Unis exportent leur chômage vers les pays émergents"

Au G20, les économies émergentes devraient essayer de tirer profit de leur poids grandissant. Jean-Marc Siroën, responsable du pôle Mondialisation et développement de l’université de Paris-Dauphine, en explique les grands enjeux.

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FRANCE 24 - Le G20 de Séoul semble condamné à être placé sous le signe de la "guerre des changes". Comment cette bataille affecte-t-elle les pays en voie de développement ?

Jean-Marc Siroën - La décision de la Réserve fédérale américaine d’injecter 600 milliards de dollars dans l'économie du pays va forcément avoir un effet négatif sur les économies émergentes. Tous ces billets verts mis en circulation vont faire baisser le cours du dollar et donc favoriser les exportations américaines. Cette initiative revient à exporter le chômage américain : les entreprises tournées vers l’export, comme au Brésil et en Thaïlande, risquent de souffrir et, peut-être, de licencier.

 

F24 - C’est l’argument que la Chine semble vouloir utiliser pour se présenter lors du G20 comme le champion des pays émergents…

J.-M. S. - Sa posture est peu crédible. Certes, la puissance de la Chine lui permet de tenir tête aux États-Unis sur cette question, mais de là à dire qu’elle le fait pour le bien des pays en voie de développement... Le Brésil, par exemple, a critiqué la politique d'un yuan sous-évalué qui dope les exportations chinoises. Et si le dollar baisse, Pékin va décider de faire de même avec sa monnaie, ce qui ne fera qu’empirer les choses.

 

F24 - Est-il vrai que la France, qui assurera la présidence du G20, veut inscrire à l’ordre du jour la spéculation sur les matières premières dénoncée par les pays en voie de développement ?

J.-M. S. - La spéculation accroît la volatilité des prix donc l’instabilité des marchés de matières premières. Avec la crise, les cours auraient dû baisser. Or, actuellement, la spéculation pousse au contraire les prix vers le haut.

Certaines denrées vitales sont très chères, voire trop, pour les populations des pays en voie de développement. On est loin de la situation de 2008 et des émeutes de la faim mais la situation demeure tendue. Ceci étant, la spéculation ne fait qu’amplifier le phénomène. Le problème est qu’il y a une vraie pénurie sur certaines matières premières. La spéculation en tire simplement profit.

 

F24 - Le G20 peut-il apporter des réponses à cette spéculation ?

J.-M. S. - Je ne pense pas. Et pourtant c’est l’un des enjeux majeurs du moment. Les premières victimes de cette spéculation sont des pays très peu développés qui ne sont  représentés ni au G20 ni dans les organisations internationales. Certains États influents présents à Séoul, comme la Russie, ont par ailleurs longtemps profité de cette spéculation.

 

F24 - La question de la représentation des pays émergents dans les institutions internationales sera-t-elle abordée au G20 ?

J.-M. S. - C’est le point sur lequel il y a le plus de chances que les choses évoluent. Historiquement, l’Europe et les États-Unis se sont partagé les postes dans les grandes institutions. La puissance grandissante des pays émergents rend cette situation obsolète. Ceux-ci devraient se voir octroyer davantage de poids dans les grandes institutions comme le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale.

Cette évolution se ferait au détriment de l’Europe, surreprésentée, mais entre les règles et la réalité il y a un pas à franchir. La fin du mandat de Dominique Strauss-Kahn à la tête du FMI constituera un test révélateur.

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