FRANCE

Exit le ministère de l'Immigration

Promesse électorale de Nicolas Sarkozy en 2007, le ministère de l’Immigration a fait long feu. Avec le remaniement gouvernemental annoncé dimanche soir, les compétences migratoires incombent à Brice Hortefeux, ministre de l’Intérieur.

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C'est la fin du "ministère de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire" : Brice Hortefeux, ministre de l’Intérieur, reprend la casquette de l’Immigration. Il élargit ses compétences sans l’aide d’aucun "ministre auprès de… ", ou secrétaire d’Etat - contrairement aux collectivités territoriales et l’outre-mer, dont sont chargés Philippe Richert et Marie-Luce Penchard.

Le revirement peut surprendre : la création du "ministère de l'Immigration, de l'Identité nationale et du Codéveloppement" en 2007 (devenu, avec la nomination d’Eric Besson en 2009, "ministère de l'Immigration, de l'Identité nationale, de l'Intégration et du Développement solidaire") était un élément-clé de la politique de "rupture" du président de la République ainsi que l’une de ses principales promesses électorales. 

Nicolas Sarkozy disait en campagne présidentielle : "Aujourd’hui, il y a trois ministères qui s’occupent de l’immigration : Affaires étrangères, Affaires sociales et Intérieur (…) donc il n’y a pas de politique de l’immigration (…) Il faut un ministère pour cela." Dans une tribune publiée par Le Figaro, le ministre alors fraîchement nommé, Brice Hortefeux, justifiait : "La création d'une entité unique par le gouvernement de François Fillon est salutaire, tant les différents volets de la politique de l'immigration étaient jusqu'ici éclatés en plusieurs ministères. Pour des raisons de simplification administrative et d'efficacité politique, la constitution d'un ministère spécifique est une heureuse nouvelle."

"Amalgame entre délinquance et immigration"

Avec la fin du ministère de l’Immigration, c’est le terme "identité nationale" qui disparaît des intitulés ministériels. Ce thème était pourtant cher au président de la République, et avait fait l’objet d’un débat lancé, avec difficultés, par le ministre Eric Besson. "Cela peut être un ajustement tactique évident pour 2010. Nicolas Sarkozy supprime ainsi les aspérités les plus critiquées", commente Pierre Henry, directeur général de France Terre d’Asile, une des principales associations d’aide aux migrants, joint par France24.com. "Néanmoins, ce changement n’est pas le plus important, contrairement à ce que les médias disent."

Pour lui, la vraie question est celle-ci : comment va être "dépecée" l’administration du ministère de l’Immigration ? Toutes les compétences du ministère reviendront-elles sous l’unique giron de l’Intérieur ? Pierre Henry a sa petite idée : "Je pense que l’administration dans son ensemble va repasser à l’Intérieur et que c’était l’idée de départ de Nicolas Sarkozy, dès 2007. C’est d’ailleurs le modèle qui prévaut en Europe : au Royaume-Uni, en Allemagne, en Italie, c’est le ministère de l’Intérieur qui s’occupe des questions d’immigration." Contactés par France24.com, ni le ministère de l’Intérieur ni celui de l’Immigration n’ont voulu répondre à la question. "Trop tôt", disent les services de presse.

Un problème pour les associations

Passer toute l’administration dévolue à l’immigration sous le giron de l’Intérieur - un ministère principalement chargé de la police - est problématique aux yeux des associations. "La question de l’asile, par exemple, ne peut être abordée sous le seul angle du contrôle intérieur - pas plus que celle de l’intégration. La protection des réfugiés dépasse les seules attributions du ministère de l’Intérieur. L’intégration - c’est-à-dire le vivre ensemble, la lutte contre les discriminations, l’accès à l’emploi et au logement, l’apprentissage de la langue - ne saurait être réduite aux seules conditions d’entrée et de séjour des étrangers sur le territoire national", écrit France Terre d’Asile sur son site web. "Rapprocher l'immigration de l'Intérieur n'est-elle pas une manière de créer les conditions d'un amalgame entre délinquance et immigration ?", s’interroge de son côté la Fédération des associations de travailleur-euse-s immigré-e-s.

Autre réaction, celle du Conseil représentatif des associations noires (Cran), qui s’étonne du maintien de Brice Hortefeux au gouvernement. Il rappelle que le ministre a été condamné par la justice pour injure raciale, après ses propos tenus à l'université d'été de l'UMP en septembre 2009 : "Quand y’en a un, ça va…"

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